Tu me fais tourner la tête Le faux programme du Paléo a créer un emballement rare un peu partout. Mais que s'est il passé... en vrai?
A l'origine, je ne souhaitais pas publier cet article ici, du moins pas si tôt. Je le réservais à L'Hebdo. Certaines circonstances me poussent cependant à avancer tout ça et à l'écrire ici d'abord. En même temps, ce n'est peut-être pas une si mauvaise idée, puisqu'il traite un brin des dérives liées au net.
Refaisons donc rapidement l'histoire. Mercredi passé, un programme du festival nyonnais Paléo à commencer à se répandre sur le net et dans les boîtes e-mail. Rien d'étonnant, puisque cela arrive chaque printemps depuis quelques années. Cependant, celui-ci était faux. Pour le découvrir, il suffisait de quelques clics sur son ordinateur en guise de vérification. Un exemple: le site officiel d'Alain Bashung annonce Paléo le 26 jullet, alors que le programme parle du 22.
Malgré cette vérification aisée, nombre de sites et de médias ont démarré au quart de tour. Les coups de fil aux responsables du festival se sont multipliés et ont permis de qualifier ce programme de faux. Même si plusieurs journalistes laissaient planer le doute, qui de mettre ce faux entre guillemets, qui de proposer à ses lecteurs de trancher entre info et intox. Une mini-théorie du complot, du type "c'est le vrai, mais on veut nous faire croire que c'est le faux".
Interloqué par cet emballement médiatique inutile, j'ai donc cliqué à gauche et à droite, histoire de remonter l'histoire de ce programme. De forum en forum, une petite demi-heure fut amplement suffisante pour retrouver la source de la rumeur et contacter les "suspects". Dans la foulée, j'ai ensuite appelé les organisateurs du festival, histoire d'avoir leur appréciation du programme et leur réaction face à ce faux. De managers en festivals concurrents, le standard téléphonique de Paléo à rapidement été pris d'assaut suite à la propagation du faux programme. Qui furieux de ne pas être annoncé alors que tout semblait signé, qui de s'énerver de découvrir à l'affiche de Paléo un artiste confirmé pour son événement. Le faux programme était devenu vrai en quelques heures.
Toutes ces informations, ainsi que la confirmation qu'il s'agit d'un faux, seront révélées en début de semaine - lundi ou mardi - par un communiqué de presse du Paléo. Leur service de presse a eu la gentillesse de me prévenir de son envoi imminent. Sympathique, puisqu'une bonne partie de ce que je voulais raconter va ainsi se retrouver dans la boîte e-mail de tous les journalistes du pays.
Et ce faussaire, me direz-vous? Et bien je ne vais pas donner son nom ni son pseudo ici. Juste dire qu'il n'appartient pas à l'équipe de Paléo, ni au monde de la presse, qu'il est étudiant et qu'il a moins de vingt ans. Dire aussi qu'il s'agit d'un passionné de musique, au fait des rumeurs et autres confirmations que portent la toile. Et d'un petit malin, capable de pondre un faux programme à la véracité troublante. Sa recette? Un digest des différents groupes en tournée durant la semaine du Paléo, avec quelques autres moins fréquentables, mais qui correspondent au côté variétés du festival (exemple: Emmanuel Moire). Ses points faibles? La musique du monde et les groupes suisses.
J'aurais bien voulu interviewer ce faussaire malicieux, mais il a finalement préféré se taire. Et je le comprends. A voir la manière dont certains se sont jetés sur "son" programme, il y aurait bien eu des journaux pour le harceler et tenter de l'accrocher en couverture, tel un people, mi-héros, mi-bouc émissaire. Car ce qui restera de cette histoire, c'est bien l'emballement médiatique autour d'un non-événement. Comme s'il ne se passait rien d'autres en ce moment. Comme si il n'y avait pas de concert à se mettre sous la dent (rien que ce week-end en Suisse romande: Alela Diane, Brisa Roché, Laibach, Keren Ann, Taint et d'autres encore).
Alors oui, on me dira que Paléo intéresse chaque année au moins 180 000 personnes (ceux qui ont un billet). Mais est-ce à dire que tous sont avides de connaître le programme deux semaines avant sa publication? Il y a une escalade et un manque de discernement flagrant. Et la seule histoire valable à raconter serait plutôt celle démontrant que n'importe qui depuis chez lui peut espérer faire suer les médias avec un brin de malice. Expédier une imitation d'information et espérer décrocher des articles un peu partout, des citations aux flash radio. Et, comble du comble, rester dans l'ombre, jusqu'à faire croire à son inexistence, à la véracité de son invention. C'est un peu consternant, non?





























Un grand merci pour votre professionnalisme, enfin un article digne de votre profession. Preuve est que tout ce qui s'écrit ou qui a été écrit n'est pas la parole de "Dieux". Je ne comprends pas pour quelle raison les gens ont besoin de sensationnel pour vivre. Tout va trop vite, bien trop vite :-( Dommage ! Mais cela montre bien le côté "sale" de la presse, je reçois, je ne vérifie pas, je l'emballe un peu, j'envoie la sauce.... Consternant, non ? (plagia ou non... ;o)
Rédigé par : Ipur | 02/04/2008 à 16:43