Nouvelle rubrique, à mi-chemin entre l'inventaire et le biographique. Ou comment raconter une quinzaine d'années de vie en disques. Ceux qui ont compté, marqué ou changé. Tous les vendredi donc, je vous emmènerai dans ma petite Discolife...
Un jour, on m'a posé la question du premier disque. C'était pour une interview genre "raconte-moi ton rock". Et comme j'étais le plus jeune à passer par l'interrogatoire, j'étais sans doute le plus gêné par la question. Pour les plus de trente ans, elle fait encore sens. Mais pour les autres... Adolescent à une époque où le disque était devenu un vrai produit de consommation, mon premier disque n'a qu'une valeur anecdotique. Comme ma première chaîne hi-fi (une M-Electronic), mon premier cinéma (Taram et le chaudron magique) ou mon premier McDo (sans doute juste après Taram). Rien à voir avec un premier baiser.
Mon premier disque fut donc la B.O. de Top Gun.
La révélation passée, on peut reformuler la question. Quel fut le premier disque important dans ma vie? Celui d'après la consommation mécanique, qui ne serait plus un produit mais un album. Après les années FM (et toutes ces ritournelles au titre inconnu, imprimées dans ma mémoire), les années mimétiques (pour faire comme tout le monde, j'ai acheté un disque de Jean-Michel Jarre, puis de Queen) et les années FM améliorées (j'entends, j'achète, j'oublie), vinrent les années d'apprentissage.
Mon premier disque fut alors Parklife de Blur.
Comme pour bien matérialiser le passage que ce disque représentait, je l'ai acheté en deux temps. Tout d'abord, sur la foi d'un clip rigolo et d'un rythme obsédant, j'ai foncé sur le maxi Girls & Boys (détail inutile mais notable, la boîte contenait deux pochettes). Quelques mois plus tard, j'ai franchi le pas et acheté l'album. J'avais quatorze ans et quelques poussières.
Autant le dire franco, je ne réécoute pas Parklife tous les jours aujourd'hui. Je ne me souviens même pas de la dernière fois. Mais à l'époque, cet album a tourné, tourné, dévoilant fréquemment une nouvelle chanson favorite (dans le désordre End Of A Century, This Is A Low, Bank Holiday). Car Parklife n'est pas que la première pierre de la vague brit-pop à venir. Il est un panorama de près de quarante ans de musique britannique. Kinks, XTC, Magazine; mods, ska, punk; Phil Daniels, Stepen Street, Damon Albarn; en un mot l'Angleterre. Des noms que je découvrais en commençant à dévorer la presse musicale, mais aussi en feuilletant les quelques livres pour fans écrits sur le groupe.
J'y découvrais au final un groupe caméléon jusqu'au bout. Ils mijotaient un cocktail pop, après s'être brûlé les ailes en prenant la vague shoegazing. Un groupe riche en clefs pour appréhender la pop. Je suivais, apprenais, puis deviendrais plus rapide. Quant le cinquième album éponyme bredouillerait un alphabet rock US dans lequel je m'étais déjà aventuré (B pour Beck, P pour Pavement ou Pixies) je m'en détournerais, fatigué par cette constance du caméléon. Aujourd'hui, seuls Modern Life Is Rubish et 13 trouvent encore grâce à mon souvenir. Et quelques chansons éparses. Mais difficile d'enlever à Blur son titre de premier disque, de premier groupe, de premier "vrai" concert même (au Paladium de Genève, pour la tournée de The Great Escape). Quand mes amis préféraient la vague skatecore (Pennywise, Bad Religion, Downset), je défendais bec et ongle Blur et la scène brit-pop. Et j'avais sans doute raison, vu tout ce qu'ils m'ont apportés.
Les commentaires récents