Dominique A - La mémoire neuve
Rappelez-vous avant YouTube, cette boîte carrée qu'on appelait la télévision. A sa manière, elle faisait parfois office de radio, tel MTV, robinet à vidéo-clips. Elle pouvait également jouer le rôle de découvreuse, comme lors du live quotidien de Nulle Part Ailleurs, émission phare - et en clair - de Canal +. Nombre de musiciens ont profité de ce plateau, doublant leur escale parisienne d'un soir d'un passage télé.
Chaque soir ou presque j'attendais ce moment, à 20h20, prêt à presser la touche REC du magnétoscope, histoire de pouvoir réécouter la chanson si elle me plaisait. Et si l'effet survivait aux nouvelles écoutes, je débarquais avec ma VHS chez un ami qui transfèrait le son sur Mini Disc. Enfin, sur K7 pour moi. Il me faudrait attendre 1997 pour acheter mon premier lecteur Mini Disc.
C'est donc sur K7 que j'ai réécouté plusieurs fois une drôle de chanson, aux paroles à l'ironie mordante et au titre faussement moral. Il ne faut pas souhaiter la mort des gens... "ça n'est jamais assez méchant". Trop jeune pour avoir connu Le courage des oiseaux, je découvrais Dominique A sur la foi de cette ritournelle répétitive, aux couches successives et minimales, à la rythmique cheap digne d'un Bontempi. Je partageais cette découverte avec mon meilleur ami, lui aussi soufflé. Jusqu'à proposer ces trois minutes enregistrées à la télé lors du cours de musique (au collège, notre prof laissait les dix dernières minutes de son cours ouvertes pour passer des chansons de notre choix).
De fil en aiguille, j'ai commandé l'album, joliment nommé La mémoire neuve, chez le revendeur hi-fi local (qui fut durant plusieurs mon unique "disquaire"). Un achat à l'aveugle heureusement bien récompensé. Dès le premier titre (Je ne respire plus, Milos), j'ai su que j'aimerais cet album. Derrière, mon tube, suivi d'un autre tube, plus immédiat encore, Le Twenty-two bar. Un duo avec une Françoiz Brrr pas encore Breut, que je repérerai plus tard dans le jukebox à vidéo-clips du pub près de mon collège.
Passée cette première triplette lumineuse, La mémoire neuve m'ouvrait surtout les yeux sur une autre manière d'aborder la chanson, comme un peu en biais. Un effet similaire à celui que Le courage des oiseaux avaient produit sur certains, quelques années plus tôt. Le minimalisme obsédant de certains titres, du sec Le travail aux couches outrancières du Métier de faussaire. Le jazz ludique et déglingué de La vie rend modeste. Le murmure accueillant de Tutti Va Bene. Les dédales dépouillés de La mémoire neuve. On était loin de la variété, de la vieille France ou du rock traduit au dictionnaire.
Pour la petite histoire, encouragé par cet album, puis conforté par la découverte du Monde pour n'importe qui de Jérôme Minière, je tenterais même d'y aller de mes chansonnettes un peu plus tard, bricolant avec les moyens du bord (un vieux synthé d'enfant, la trompette de mes 12 ans, une veille K7 du Petit Prince et un instrumental de Joy Division (As You Said)). Mais c'est une autre histoire (rapidement avortée).



























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