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29/02/2008

Dominique A - La mémoire neuve

Dalmn Rappelez-vous avant YouTube, cette boîte carrée qu'on appelait la télévision. A sa manière, elle faisait parfois office de radio, tel MTV, robinet à vidéo-clips. Elle pouvait également jouer le rôle de découvreuse, comme lors du live quotidien de Nulle Part Ailleurs, émission phare - et en clair - de Canal +. Nombre de musiciens ont profité de ce plateau, doublant leur escale parisienne d'un soir d'un passage télé.

Chaque soir ou presque j'attendais ce moment, à 20h20, prêt à presser la touche REC du magnétoscope, histoire de pouvoir réécouter la chanson si elle me plaisait. Et si l'effet survivait aux nouvelles écoutes, je débarquais avec ma VHS chez un ami qui transfèrait le son sur Mini Disc. Enfin, sur K7 pour moi. Il me faudrait attendre 1997 pour acheter mon premier lecteur Mini Disc.

C'est donc sur K7 que j'ai réécouté plusieurs fois une drôle de chanson, aux paroles à l'ironie mordante et au titre faussement moral. Il ne faut pas souhaiter la mort des gens... "ça n'est jamais assez méchant". Trop jeune pour avoir connu Le courage des oiseaux, je découvrais Dominique A sur la foi de cette ritournelle répétitive, aux couches successives et minimales, à la rythmique cheap digne d'un Bontempi. Je partageais cette découverte avec mon meilleur ami, lui aussi soufflé. Jusqu'à proposer ces trois minutes enregistrées à la télé lors du cours de musique (au collège, notre prof laissait les dix dernières minutes de son cours ouvertes pour passer des chansons de notre choix).

De fil en aiguille, j'ai commandé l'album, joliment nommé La mémoire neuve, chez le revendeur hi-fi local  (qui fut durant plusieurs mon unique "disquaire"). Un achat à l'aveugle heureusement bien récompensé. Dès le premier titre (Je ne respire plus, Milos), j'ai su que j'aimerais cet album. Derrière, mon tube, suivi d'un autre tube, plus immédiat encore, Le Twenty-two bar. Un duo avec une Françoiz Brrr pas encore Breut, que je repérerai plus tard dans le jukebox à vidéo-clips du pub près de mon collège.

Passée cette première triplette lumineuse, La mémoire neuve m'ouvrait surtout les yeux sur une autre manière d'aborder la chanson, comme un peu en biais. Un effet similaire à celui que Le courage des oiseaux avaient produit sur certains, quelques années plus tôt. Le minimalisme obsédant de certains titres, du sec Le travail aux couches outrancières du Métier de faussaire. Le jazz ludique et déglingué de La vie rend modeste. Le murmure accueillant de Tutti Va Bene. Les dédales dépouillés de La mémoire neuve. On était loin de la variété, de la vieille France ou du rock traduit au dictionnaire.

Pour la petite histoire, encouragé par cet album, puis conforté par la découverte du Monde pour n'importe qui de Jérôme Minière, je tenterais même d'y aller de mes chansonnettes un peu plus tard, bricolant avec les moyens du bord (un vieux synthé d'enfant, la trompette de mes 12 ans, une veille K7 du Petit Prince et un instrumental de Joy Division (As You Said)). Mais c'est une autre histoire (rapidement avortée).

28/02/2008

Punk et New Wave dans un tiroir

UjpunkPunk's not dead? Dead et bien raide - 1975-1981 - selon Christophe Bourseiller.

De prime abord, ça faisait envie. Couverture et titre punk (Génération Chaos écrit sur l'Union Jack), sujet plus large (punk ET New Wave), éditeur fiable (Denoël), auteur spécialisé dans les courants passés (maoïstes, situationnistes, "faux Messies").

Après quelques pages, l'excitation retombe déjà. Le postulat de départ étonne, puis énerve. Le punk et la New Wave durent 7 ans. Pas plus. Dès la fin de l'année 81, c'est fini.

Quelques pages plus loin, ça devient pénible. Le postulat n'est guère plus convaincant qu'auparavant, tandis que le texte se perd entre anecdotes dispensables et répétitions maladroites (au bout de la troisième fois, j'ai intégré l'idée que Throbbing Gristle est un collectif d'avant-garde).

Plus loin encore, c'est le fond. Le postulat n'a pas bougé, les anecdotes débordent, le style plonge et les termes deviennent tordus. L'après New Wave s'appelle Cold Wave et définit un New Wave commerciale et surgelée. Quant au Fade To Grey de Visage, il devient le symbole de cette déliquessence et se trouve rebaptisé... Respect The Grey. Erreur involontaire ou lapsus révélateur?

Une fois le livre refermé, il ne reste pas grand-chose. Comme un mauvais résumé du Please Kill Me de Legs McNeil utilisé pour démontrer l'indémontrable. Christophe Bourseiller tente d'enfermer punk et New Wave dans un même boîte, puis joue le rôle de videur au moment d'ouvrir les portes. On sépare le grain de l'ivraie. The Cure est New Wave, Orchestral Manoeuvres In The Dark est abject. On invite quelques artistes hors du sénacle musical (David Lynch, Thierry Mugler, Kiki Picasso), mais on oublie d'expliquer pourquoi. Le punk et la New Wave se résument à une joute anglo-américaine qui fonce dans le mur et tout ce qui pourrait venir ensuite serait un succès fortuit, sans rapport aucun avec le sujet du livre.

Dans la multiplication des ouvrages consacrés à la période 77-87, on préférera clairement l'imposant Jean-François Bizot présente la New Wave, sorti aux éditions du Panama. Moitié-iconographique, moitié-recueil d'articles parus dans Actuel, ce livre-somme donne à voir, dévoile des pistes, mais refuse de faire la leçon, de plier au maximum pour faire rentrer l'histoire dans un tiroir. Comme dit Jean Rouzaud, l'un des auteurs, "On n'aurait pas idée de simplifier la physique nucléaire juste pour faire plaisir. Un mouvement artistique est une équation! Si on enlève un chiffre, alors elle devient fausse."

Petit bonus: un débat entre Bourseiller et Jean Rouzaud (coauteur du New Wave dirigé par Bizot), dans le cadre de l'émission de France 3 Ce soir ou jamais (ça débute à la 58ème minute).
 

27/02/2008

Wilco intégral

Wc La totale! Soutenue par quelques invités - dont Andrew Bird - la troupe de Jeff Tweedy a revisité l'entier de son répertoire pour cinq soirées "sold out".

Ceux qui aiment Wilco seront aux anges, les autres peuvent être curieux. En résidence à Chicago, le groupe a donné cinq concerts traversant l'intégralité de son répertoire. Bonus non négligeable, la troupe de Jeff Tweedy a eu le bon goût de s'entourer de quelques invités, dont The Total Pro Horns et Andrew Bird. Le tout est à télécharger ici, en format Flac ou mp3.

3 x Guitar Hero III

Gh3 Plus vrai que nature Le look, l'attitude, la chorégraphie. C'est facile - ou presque - de se transformer en Slash de salon!

J'en entends déjà qui vont crier au scandale, brandir l'insigne de la police du rock. Un video game pour mômes, un produit recyclant sans vergogne le mythe électrique, c'est le rock'n'roll qu'on assassine, et autres slogans du même acabit.

Pourtant, quand comme pour moi l'art de la six-cordes s'apparente à une science obscure, impossible à reproduire, Guitar Hero III est un palliatif bienvenu. Ou comment réaliser son fantasme de rock star à peu de frais. Bon, d'accord, c'est pas très glorieux. Mais au moins, la liste de chansons proposées fait plaisir à voir. Passés quelques titres dispensables prévus pour certains marchés types (du binôme français Naast/Superbus à une kyrielle de groupes US inconnus ici), on jongle entre classiques et jolies surprises. A l'image de ma triplette préférée, histoire de me la jouer comme Slash (bon, pour l'instant je végète en mode facile...).

   

1. The Rolling Stones - Paint It Black (extrait de Aftermath)
2. Guns N Roses - Welcome To The Jungle (extrait de Appetite For Destruction)
3. Weezer - My Name Is Jonas (extrait de Weezer - The Blue Album)

26/02/2008

Le retour des Petzi

HfpC'est toujours la même photo Mais ça sonne autrement, même si on reconnaît la patte de l'ourson.

Trois ans déjà depuis Man's Rage For Black Ham et quelques nouvelles depuis, mais rien de forcément neuf. Des concerts à la pelle, une réédition agrémentée de remix et même une relecture scénique d'Heal All Monsters

C'est avec plaisir qu'on découvre aujourd'hui un étrange Colorplan Excel EP. Etrange, car à l'exception d'un sticker, rien n'indique que ce 45 tours sorti en catimini sonne le retour d'Honey For Petzi. Etrange également, puisqu'il est publié sur le label Eight & Zero, plus connu pour éditer des travaux apparentés à la musique contemporaine (Christian Marclay, One plus One). Etrange enfin, parce que les guitares n'ont pas été invitées sur cette nouvelle livraison du trio lausannois.

Synthés, basse, batterie et quelques vocales composent ces quatre nouveaux titres. J'ai dit "nouveaux titres"? Parlons plutôt d'un EP moitié-moitié. On retrouve en effet deux titres tirés d'Heal All Monsters, pour des relectures electroniques du plus bel effet (Morgan's Thrill, Facteur Cheval). Ceux qui ont vu Honey For Petzi sur scène en formation "synthé" peuvent imaginer à quoi cela ressemble, même si les deux pistes semblent plus abouties ici. Le post-rock tendu originel prend un bain pop réussi, gagnant en immédiateté mélodique sans perdre en urgence.

Les deux autres titres sont eux de "véritables" inédits. No Story ouvre le bal pour le titre le plus "classique" du EP. Traversé par la basse érigée en colonne vertébrale de ces 4 minutes et 15 secondes, il reprend les cadences saccadées propres au groupe, le canevas synthétique n'émergeant que par instants, oscillant entre second plan et thème minimaliste. Téléphérique (EDIT: qui serait une relecture de Télécabine tiré d'Heal All Monsters) propose lui une piste plus étonnante. Des quatre titres de Colorplan Excel, c'est celui qui étonne le plus, tant par son parti-pris New Wave que dans son chant en français, mi-enfantin, mi-apathique. Croyez-le ou non, en moins de 3 minutes, Honey For Petzi balance un mini-tube qui risque bien de s'installer pour un petit moment sur ma platine, sur mon iPod et sur mon podium 08.

En attendant de savoir si le groupe lausannois poursuivra dans cette direction sur son prochain album ou si ce EP est destiné à rester lettre morte, je vous propose de découvrir Téléphérique, maladroitement dématérialisé par votre serviteur pour le rendre écoutable ici. Je n'ai par contre aucun lien à vous donner pour commander Colorplan Excel. Donc si a quelqu'un a une info, je compléterai volontiers cet article.

25/02/2008

The Velvet Underground - I'm Not A Young Man Anymore (live)

Tvu Un inédit du Velvet Underground Pour une surprise, c'est une surprise, et une bonne. Ce qui vaut bien un post.

C'est la nouvelle inattendue du jour et peut-être plus. En mettant en ligne un concert du Velvet Underground enregistré en 1967 au Gymnasium de New York, le blog Dead Flowers offre un témoignage rare du groupe de Lou Reed - sans Nico - à ses débuts. Mieux, il déniche un inédit - du moins, jamais gravé sur disque - et une version primitive de Sister Ray. Qu'ajouter, si ce n'est que le tout est téléchargeable ici et vaut franchement la peine.

Los Campesinos - Don't Tell Me To Do The Math(s)

Lc Ça rigole en couleurs Entre Barcelona et Helsinki, ces "paysans" gallois joue la carte d'une pop hédoniste et rigolarde.

Si comme moi vous aviez été déçu par le troisième album des Australiens Architecture In Helsinki, réjouissez-vous. Si comme moi vous pensiez que les Suèdois I'm From Barcelona c'est bien au début, mais un peu mou au milieu, réjouissez-vous aussi. Comme ces deux groupes à la géographie bancale, les Gallois de Los Campesinos! font dans la pop sautillante, mais évitent le trop plein de synthé ou l'essoufflement trop rapide.

Après une jolie collection de EP's et un pre-buzz MySpace, Los Campsinos! déboule avec un premier album efficace et catchy à souhait, qui n'oublie pas de rocker un brin. Hold On Now, Youngster... présente pourtant en apparence les mêmes ingrédients que In Case We Die d'Architecture In Helsinki. A savoir une pop primesautière, avec des filles qui crient et des mélodies bout-de-ficelle. Mais, parce qu'il y a un mais, Los Campesinos! offre un petit plus d'énergie, pour un disque moins pantouflard qu'il n'y paraît au final.

Les tempi changent, comme les ambiances, zigzaguant entre synthés jouets, guitares criardes et cordes sucrées sans virer diabéthiques. Comme sur ce Don't Tell Me To Do The Math(s), c'est avant tout une euphorie ludique et rigolarde qui préside aux chansons de Los Campesinos! Le groupe a pris le temps de laisser mûrir sa formule, concrétisant ses idées sur la longueur d'un album. Le tout ne révolutionne pas grand-chose, mais fais sacrément plaisir à écouter. Et doit être idéal pour tailler la route ensoleillée.

Lchony Los Campesinos!
Hold On Now, Youngster...

Wichita/Universal

www.loscampesinos.com
www.myspace.com/loscampesinos

Télécharger le MP3

23/02/2008

Partie de campagne avec Black Francis

Le Black à l'Art Brut Samedi 23 janvier, sur le coup des 17h, Lausanne. Deux titres extraits du "precore" de Black Francis, "Where Is My Mind" et "Wave Of Mutilation".

On se serait cru déjà arrivé au printemps. Pas de bise, juste ce qu'il faux de soleil et une température presque agréable. Le temps idéal pour trainer dans un parc. Celui du musée de l'Art Brut de Lausanne était de loin le meilleur choix du jour. En plus de la belle météo, une apparition de Black Francis était annoncée!

Quelques minutes avant l'heure dite - 17h - il y a foule déjà. On reconnaît les habitués des clubs de la Ville, quelques musiciens locaux, des critiques divers (papier, radio, web), des punks à chiens ou encore de jeunes papas, venus avec leur progéniture. Plus tard, on apercevra deux policiers, qui resteront spectateurs face à un concert plutôt bon enfant. Sans doute une déception pour le journal gratuit qui n'avait rien trouvé de mieux que de les informer du "precore" de Black Francis en début de semaine, alléché par l'odeur de l'action pour pas chère.

Plutôt ponctuel, le Black débarque ensuite, presque discrètement. Sacoche de guitare en bandouillère, tout de noir vêtu jusqu'aux éternelles lunettes de soleil qui lui serrent le crâne, il se fraie un chemin parmi le public pour gagner le centre du parc. Quelques minutes de rôdage encore, une interprète improvisée pour transmettre ses remerciements et le voilà qui se lance dans une reprise acoustique de Cactus. Premier titre d'un court concert qui fera la part belle aux chansons des Pixies.

Le cercle s'est refermé autour de Black Francis, qui assis par-terre, qui debout, tous remuant la tête, timidement. Suit Bullet, poliment accueilli par l'assistance, qui préfère le gimmick familier de Where Is My Mind. Les têtes remuent plus ouvertement, certains sifflotent ou fredonnent. Partout, caméras, appareils photo et autres téléphones portables s'élèvent pour immortaliser le moment, vie2.0 oblige. Poursuivant sur la lancée Pixies, Black Francis ajoute Mr Grieves et Wave Of Mutilation à sa prestation, avant de terminer sur un Bluefinger qui rappelle le concert (électrique) prévu le soir-même aux Docks.

Toujours aussi calme et discret, l'homme en noir range ensuite sa guitare, sous les applaudissements des quelques 250 spectateurs présents, puis s'en va comme il est venu. Le parc reste animé un moment, puis se constelle en petits groupes de gens, avant de se vider tandis que le froid revient. Poursuivant son crochet par une visite de la Collection de l'Art Brut, Black Francis a le sourire, satisfait du concert et "heureux de pouvoir profiter d'une belle exposition par la même occasion." Nulle doute que sa signature rejoindra dans le livre d'or celles des autres musiciens qui se sont pris de passion pour le musée de lausannois, de Thom Yorke à Peter Gabriel.

EDIT: Comme prévu, YouTube se remplit de vidéos du concert. Je me permets donc de reprendre ici l'enregistrement proposé par Thierry Weber. Quant au concert qui a suivi aux Docks, il fut de bonne tenue, malgré un entêtement à ne jouer que des titres de Bluefinger et de Svn Fngrs, nouvel album annoncé pour mars. Pas de Headache, ni de Two Spaces, mais une succession de titres au rock mâtiné par moments de country, dans la sacro-sainte formule guitare-basse-batterie.

22/02/2008

Weezer - "The blue album"

WbIl y a des disques qui surprennent parfois en vieillissant. On pensait qu'ils s'èpuiseraient vite, qu'ils ne feraient qu'un temps ou qu'ils se démoderaient. Et pourtant on y revient, avec un peu de nostalgie, mais beaucoup de plaisir. Le premier album de Weezer en est un exemple parfait.

Comme pour Grace de Jeff Buckley, c'est sur la foi d'un vidéo-clip que je l'ai acheté. Mais cette fois, il ne s'agissait pas d'une chanson entendue une fois, presque par hasard. Buddy Holly passait plutôt en rotation lourde sur MTV. Un matraquage qui devait autant à l'immédiateté mélodique de la chanson qu'à l'originalité du clip, signé Spike Jonze, projetant littéralement Weezer dans un épisode de la série Happy Days (à tel point que la vidéo se cacherait en bonus de Windows 95 une année plus tard).

Contrairement à d'autres albums achetés à la même époque sur la foi d'un tube - au hasard Pablo Honey de Radiohead ou Dookie de Green Day - j'écoute encore ce premier Weezer. Plus étrange, ce sont les mêmes chansons aujourd'hui qui me font revenir au disque, pas forcément pour les mêmes raisons. Buddy Holly, bien sûr, mais aussi My Name Is Jonas, Surfwax America ou Only Dreams. Ce dernier titre, long de huit minutes, a d'ailleurs sans doute joué un rôle dans ma fascination pour le post-rock quelques années plus tard, privilégiant déjà un long crescendo construit autour d'un motif obsédant.

Ce qui fait la force de cet album, c'est sa faculté jamais - ou presque - réentendue depuis à mixer college-rock et pop sucrée à souhait. Une prouesse sans doute due à la production de l'ex-Cars Rick Ocasek, mais également à l'écriture de Rivers Cuomo, nerd ultime de l'ère pré-Internet (un étudiant bigleux, fan de Puccini, qui aurait enfilé maladroitement un costume de rock star). Guitares saturées et mélodies délicates cohabitent à merveille, comme sur l'insurpassable My Name Is Jonas, balancé dès l'ouverture de l'album.

A cet équilibre miraculeux s'ajoute un souffle rock jouissif. J'ai récemment passé quelques soirées chez un collègue, scotché à la Wii de son fils, accroché à Guitar Hero 3. Coincé entre Paint It Black et Welcome To The Jungle, My Name Is Jonas trouve sa place dans ce Hall of fame de jeu vidéo et c'est un vrai plaisir que d'y tenir la six-cordes virtuelle. Un sacre qui colle presque à celui offert à Weezer au début des années 2000. Porté disparu après l'injustement méséstimé Pinkerton, le groupe de Rivers Cuomo a rattrapé le succès grâce à une triplette d'albums inégaux, contenant tout de même quelques fulgurances. Une reconnaissance tardive qui donne plus encore l'envie de réécouter ce premier essai, réédité en version Deluxe pour ses dix ans.

21/02/2008

Hervé Bourhis et son "Petit livre Rock"

Lpr C'est un petit livre rouge Mais il a la forme d'un 45 tours et préfère la six-cordes électrique au marteau et à la faucille.

Scénariste et dessinateur BD, Hervé Bourhis offre une jolie antidote aux dictionnaires et autres livres de cuisine consacré au rock, sortis ces dernières années (des morts les plus glauques aux 1001 disques à écouter avant d'être mort).

Point de leçons ou de grandes théories ici, mais un parcours sensible, entre vignettes et anecdotes. Né en 1974, Bourhis y raconte son rock: celui vécu (des années 90 à aujourd'hui), celui appris en auto-didacte (de 1951 à la fin des années 80) et celui fantasmé (deux pages rigolotes sur 2051). Les exégètes y trouveront des infos rares et des clins d'oeil malins, tandis que les béotiens verront leur curiosité titillée sans avoir l'impression de subir un cours magistral. Quant à Hervé Bourhis, il a gentiment accepté de se prêter au jeu de l'interview autour de cinq disques, choisi par votre serviteur.

Sr The Stone Roses - The Stone Roses (1989)

"C'est une période où j'écoutais beaucoup de musique des années 60. The Stone Roses marque un passage: un groupe de la fin des années 80 qui revendique influences sixties. C'est aussi une période où je faisais un complexe. J'étais au lycée et je ne connaissais pas grand-chose à la musique pointue. Et il y avait un garçon qui m'impressionnait, me montrait le "NME" et me parlait de groupes dont je n'avais jamais entendu parler. Je me suis mis aux Stone Roses comme pour faire partie de la bande. Je n'ai donc pas vraiment un rapport affectif au groupe, même si j'aime beaucoup sa musique."

Td Tindersticks - Tindersticks (1993)

"Ce groupe correspond pour moi à la fin du grunge, à la mort de Kurt Cobain. Je commençais à grandir, j'avais dix-neuf ans et j'étais un peu lassé du bruit. J'avais besoin d'une musique un peu plus mûre. Tindersticks m'a offert une musique plus adulte ou littéraire, et m'a ouvert à tout un univers, de Nick Cave à Nick Drake. Il y a aussi dans leur musique une forme de romantisme. Ce premier album est un chef d'oeuvre à l'intensité épuisante. Il est très long et chaque chanson est fiévreuse, pleine d'une vie interne."

Gsl_2 Grandaddy - The Sophtware Slump (2000)

"Ils ont longtemps été mes chouchous. Une qualité d'écriture extraordinaire, un pont entre le grunge et... je sais pas quoi... disons une sorte de grunge avec un Bontempi, porté par une voix à la Neil Young. Surtout ils avaient ce côté plouc très attachant. Mais un peu comme Super Furry Animals, ils ont fait beaucoup de superbes albums sans avoir le succès qu'ils méritaient. Par exemple, les trois dernières chansons de ce disque sont juste superbes. J'ai de l'amour pour ce genre de groupes mal aimés."

Lcd1 LCD Soundsystem - LCD Soundsystem (2005)

"Quand c'est sorti, ça a été un choc. J'ai dû l'entendre "Losing My Edge" chez Lenoir et ce revival post-punk m'a ouvert à plein de groupes que je connaissais mal. Cette chanson raconte le rock, avec humour et mythomanie, inventant une façon intelligente de danser. Surtout, c'est l'amour du rock new-yorkais, une façon de danser raide, du Velvet Underground à Patti Smith.  Et si ce premier album était un peu décevant, le second est fantastique. Et puis de voir un type de 35 ans qui débarque comme ça, ça fait plaisir... quand on a mon âge."

Museprout_3Muse - Black Holes & Revelations (2006)

"Si dans mon livre j'ai choisi de parler des groupes que j'aimais, j'avais aussi envie de m'attaquer à des artistes que je n'aime pas mais qui sont placés sur un piédestal. Muse incarne un héritage du rock progressif avec tous ses défauts. Une sorte de mélange entre Genesis, Queen et d'autres. Même si leur premier album était pas mal. Mais ensuite, on se perd en technique et en effets, au détriment des chansons."

Quelques liens: le site d'Hervé Bourhis / le site du Petit livre Rock

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