The Kissaway Trail Claque du jour, ces Danois aux airs adolescents distillent un rock à l'énergie explosive, entre Mogwai et Arcade Fire.
Cette année, la Suède est l’invitée d’honneur de la manifestation. Royaume d’ABBA et autres Ace Of Base, le pays scandinave est l’un des plus gros exportateurs de musique en Europe avec l’Angleterre. Derniers succès en date : I’m From Barcelona, The Knife ou encore Jose Gonzales. Seuls les premiers nommés ont fait le déplacement à Groningen, en chef de file d’une délégation riche en nouvelles têtes. Mais pas forcément en nouveau son.
Appelé à ouvrir les festivités à l’heure de l’apéro, le trio Detektivbyrän arbore un look digne des ensembles folkloriques stars de certaines télévisions teutonnes. Gilets noirs couverts de grands papillons blancs ou comme une redingote de vacher détournée. L’habit fait le moine, puisque la musique du groupe joue sur un mode traditionnel et minimaliste qui pioche parfois dans le folklore, à la manière de Yann Tiersen ou Pascal Comelade. C’est joli, mais ça n’apporte rien. Comme si la Suède voulait conforter d’entrée ses détracteurs, ceux qui l’accusent de reproduire des styles entendus ailleurs pour nourrir sa scène musicale.
J’oublie donc la Suède et redescends direction le Danemark, pour un premier concert en club (au Huize Maas) et la première claque du week-end. Signés sur Bella Union, les cinq « mômes » de The Kissaway Trail m’avaient peu convaincu sur disque, prisonniers d’une formule post-rock passée à la moulinette pop. Comme libéré sur scène, le groupe passe la cinquième pour une dépense d’énergie qui évoque plus d’une fois Arcade Fire ou plus encore Strange Death of Liberal England, une orientation ouvertement électrique en plus. Voix qui se poursuivent, rythmique obsédante et guitares qui se superposent (on pense parfois au Mogwai des débuts), The Kissaway Trail a tout pour lui et devrait logiquement promener son rock brut et malin dans les festivals l’été prochain.
Commençant à trouver mes repères dans Groningen, je passe la tête par la porte du Vera, où joue Lightspeed Champion. Mais la claque Kissaway Trail reste trop fraîche, m’empêche d’apprécier le folk à double-tranchant de l’ex-Test Icicles. Départ direction le De Spieghel, puis le Grand Theatre, puis le Het Parlement. Mais à chaque fois, c’est pour se heurter à des files d’attente qui stagnent. Pas d’Olafur Arnalds, ni d’Alphabeat, ni de Zombie Zombie. A la place, premier contact avec l’herbe locale (d’Amsterdam en fait) et découverte des distributeurs… d’hamburgers. Drôle de pays.
Retour au De Spieghel un peu après, stratégiquement en avance. Je n’ai pas envie de manquer la prestation de Sophie Hunger. La salle semble modeste : l’arrière-salle d’un café, pour être exact. Pourtant, ils sont bien une centaine à s’entasser au moment où débute le concert. Un set impeccable, comme à l’habitude, pour un songwriting équilibré entre influences folk et jazz, mélodies délicates et moments d’émotion. L’occasion également de découvrir plusieurs titres du deuxième album de la chanteuse zurichoise, annoncé pour l’automne. En studio à Bruxelles, Sophie Hunger a fait le déplacement dans l’après-midi, repart le concert à peine terminé. C’est aussi ça l’Eurosonic.
Un hamburger et une bière plus tard, me voici à nouveau au Vera pour découvrir sur scène la nouvelle sensation islandaise : Jakobínarína. Oubliées les ambiances oniriques ou ludiques de Múm et Sigur Rós. Ces lutins-là préfèrent le rock, tendance catalogue. Lookés à la manière d’une version alternative de Tokyo Hotel – du punk au mormon – les petits gars de Jakobínarína proposent une formule rock pas vraiment originale, même si l’énergie est là. Comme des Hives un peu moins vintage et efficaces. A croire que le modèle suédois a fait des émules en Scandinavie.
Tandis que certains partent découvrir les Anglais de Blood Red Shoes, je saisis l’occasion de réviser mon jugement sur Hooverphonic. Guidé par la responsable suisse d’une maison de disques qui me tient à cœur, je donne une seconde chance à ces Belges qui n’ont jamais su me convaincre. Las, je campe sur mes positions. La musique d’Hooverphonic m’évoque un étrange surf-garage-rock au ralenti. Smash Mouth sous prozac. Ou des Doors sans Jim Morrisson, ni le reste. Un trip-pop dans la lignée du deuxième album d’Archive, au milieu des années 90. Mais quand Take My Head oscillait entre réussites et ratés imbuvables, le cocktail maîtrisé d’Hooverphonic tient plus du robinet d’eau tiède. Le public est aux anges pourtant.
1h30. Peu de compagnons de soirée répondent encore à l’appel. Dans les rues, des types en costards et masques à gaz (!) distribuent des flyers pour la suite de la nuit (plus loin, plus électronique). En passant devant le Vindicat, je tends l’oreille. Décibels en furie, hurlements gutturaux, je passe mon chemin, appelle un taxi, gagne ma chambre d’hôtel le pas hésitant, les images de The Kissaway Trail encore dans la tête.


























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