Pour ce petit éditorial de fin d'année, j'aurais pu thématiser sur la suprématie de la scène canadienne. Watson, Drew, Haines, Feist et bien sûr Arcade Fire, autant d'artistes qui auront marqué 2007 par leur production discographique. J'aurais également pu tirer les fils de la dépouille de Joy Division, d'hommages en héritiers, de rééditions en influence. J'aurais pu, enfin, glauser autour de l'avènement numérique, du pied de nez à l'industrie, du MP3 roi et de nos amis Radiohead.
Je préfère réserver les lauriers à un label qui fêtera ses 15 ans l'année prochaine, mais qui n'a pas attendu le gâteau et les bougies pour déballer ses cadeaux. Un label indépendant, dont la passion musicale tranche avec des majors qui ont poursuivi cette année leur lente mise en bière, multipliant les initiatives maladroites (de l'abandon des disques promotionnels au rachat de V2 pour le fermer presque aussitôt). Un label indépendant, dont les artistes n'ont pas besoin de jouer le solo internet pour se refaire une intégrité.
Domino, puisque c'est de ce label qu'il s'agit, sort du tunnel 2007 tel un modèle étalon pour tous les labels indés qui nourrissent la galaxie musicale par leur passion. Un gros succès (Arctic Monkeys), deux beaux transferts (Robert Wyatt et Animal Collective), un département réédition de bon goût (Young Marble Giants, Elliott Smith), des projets annexes ou complétifs d'artistes fidèles (Clinic, The Pyramids, Kieran Hebden, Will Oldham) et même un papy mis sous perfusion électronique (Von Südenfed). A sa manière, le label anglais démontre que l'on peut concilier chiffres noirs et cohérence artistique.
Oh bien sûr, on ne parle pas ici d'un label à l'éthique qui pousse à l'admiration, comme le fut Constellation dans ses premières années. Ni d'un "micro label" comme il en existe plus chaque jour et parmi lesquels se détachent des perles, du "mail order only" au net label, en passant par la petite niche de passionnés. Laissons l'utopie entre parenthèses 5 minutes et considérons uniquement la plus value artistique. Domino - mais également d'autres glorieux anciens comme 4AD, Matador ou Beggars Banquet - rappelle ce que fut l'industrie du disque à une période de sa vie, quand des noms mythiques (au hasard Atlantic, Motown, Columbia) offraient des catalogues prestigieux, des choix auxquels se fier les yeux fermés.
La cartographie musicale a changé aujourd'hui, mais la musique est encore au rendez-vous. Et 2007 fut une belle année. Chez Domino et ailleurs aussi.




























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