Tout ça pour ça...
CRITIQUE Sans être honteux, In Rainbows n'apporte pas grand-chose à la discographie de Radiohead et flirte même dangereusement avec l'auto-citation... voire le bégaiement
Le titre est un peu fort, peut-être. Pourtant, c'est la formule qui vient presque naturellement après une dizaine d'écoutes d'In Rainbows, le dernier Radiohead. Ou comment être à la fois la surprise de l'automne et le disque le plus attendu de l'année, avant de retomber tel un soufflé. Car passé l'aspect événementiel de sa sortie, In Rainbows risque bien de n'être qu'un album anecdotique dans une discographie qui connaît d'autres sommets.
Pourtant, il s'écoute bien ce septième Radiohead. Au bureau, dans la rue, en faisant la cuisine, on laisse tourner le lecteur MP3 ou le CD-R et on se prend même à fredonner ou à bouger la tête. Mais dès qu'on passe à une écoute plus exclusive, le sentiment se transforme. Pour ma part, je m'énerve.
Oui, je m'énerve, face aux tics qui nourrissent In Rainbows. Des guitares aux variations d'ambiances internes aux chansons, Radiohead fait du Radiohead. Pire, Radiohead singe Radiohead. Le début de Bodysnatchers m'évoque Palo Alto - face B période OK Computer - dont on aurait accéléré le tempo. Le pont rythmique au milieu de Weird Fishes/Arpeggi me rappelle celui traversant Where I End And You Begin sur Hail To The Thief. Même référence pour les dix premières secondes de All I Need, avant qu'une rythmique molle ne remplace la basse musclée, pour lorgner vers les ambiances de Punchup At A Wedding (Hail To The Thief encore).
A côté de ces emprunts référentiels, le mélange rappelle Hail To The Thief, comme un parfait résumé du voyage d'OK Computer à Kid Amnesiac, le goût du risque ou de la mutation en moins. Les lignes de guitares évoquent constamment celles rythmant Knives Out (le début de Reckoner par exemple ou encore le milieu de Jigsaw Falling Into Place), la voix de Thom Yorke perd en dérapages et même les beats électroniques qui ouvrent 15 Steps semblent sortis des tiroirs de Kid A. Au moins, In Rainbows évite certains ratages d'Hail To The Thief. Mais en choisissant la précaution, il en oublie également les sommets.
Alors bien sûr, il serait absurde de reprocher à Radiohead de faire du Radiohead. Bien sûr, on ne peut pas attendre à chaque fois la "révolution". Mais en 2007, année riche en grands disques pop-rock, ce In Rainbows ressemble presque à une anomalie, sorti 5 ans trop tard. Allez, je retourne écouter Patrick Watson et son incroyable Close To Paradise.














Première critique négative que je lis...
Rédigé par: lyle | 12/10/2007 at 14:26
Je suis en complet accord.
Rédigé par: Lungos | 12/10/2007 at 15:20
Allez, une fois n'est pas coutume, je vais me faire l'avocat du diable...
A l'heure où la grande mode est au plagiat sous couvert "d'inspiration spirituelle", eux, au moins ont-ils une identité, un style suffisamment fort pour pouvoir y puiser de quoi "se singer"!
Sinon, d'accord pour Patrick Watson, mais je te le répète encore, Elvis Perkins est tout autant magnifique.
Rédigé par: Bruno | 12/10/2007 at 15:24
Le probleme avec Radiohead c'est qu'ils ont frappé trés fort trés tôt et les fans attendent à chaque fois une révolution. In rainbows est à mon goût beaucoup plus intimiste et personnel, et donc un brin plus universel dans son propos (paradoxal mais vrai). Forcément c'est un peu moins spectaculaire qu'un OK Computer. Je ne vais pas y mettre ma main à couper mais malgré les réactions mitigées je pense que cet album va mieux vieillir que ses predecesseurs.
Rédigé par: Kev | 12/10/2007 at 19:26
Moi j'entends plein de choses que j'ai jamais entendues chez Radiohead, et ceci dès les premières minutes du disque.. On peut chercher ce qui ressemble à avant où c'était mieux, c'est normal (à ce petit jeu, beaucoup seraient à mettre au panier), ou écouter ce que le groupe a à dire de nouveau, et je trouve qu'il y a beaucoup. Jamais Radiohead n'avait été aussi "rythmique", jamais Thom n'avait chanté de cette manière, qui évoque curieusement Blur par moments. C'est un vrai disque urbain, un truc sec et sans fioritures, et tout aussi bluffant que ses prédecesseurs... Réécoutez OK Computer, c'était vraiment si extraordinaire que ça? Moi je trouve la suite bien plus passionnante, perso.
Rédigé par: Fauve | 13/10/2007 at 13:39
Ce n'est pas une question de chercher ce qui ressemble ou non. Les parallèles viennent d'eux-mêmes à mes oreilles quand j'écoute le disque. Maintenant, je suis peut-être trop "cérébral", genre déformation profressionnelle...
Sinon, je te rejoins sur OK Computer. A le réécouter, on retient moins le côté novateur - ou non - qu'il a pu avoir que certaines superbes chansons qu'il contient.
Rédigé par: Christophe Schenk | 13/10/2007 at 19:49
Je suis complètement d'accord avec cette critique et avec les commentaires. En particulier avec Kev. Pour ma part, Radiohead a atteint le génie dans le passé, et même si ce nouvel album est une belle livraison, c'est toujours une livraison décevante, que l'on compare, en essayant d'y retrouver ce trait dé génie d'Ok Computer...
Voir mon blog pour la critique de l'album.
A bientot
Rédigé par: papito | 14/10/2007 at 19:51
D'accord, mais il faudra aussi être courageux, et admettre que certains ce sont trompés en livrant un avis trop hâtif, car In rainbows deviendra inévitablement un classique.
Rédigé par: matthieu de tatapoum | 15/10/2007 at 19:01
Oui, matthieu de tatapoum, à la première écoute je me suis fait les memes reflexions que notre ami Christophe. Mais à la 2eme écoute je me rends compte que ma déception m'a fait passer à coté de bon tracks comme "Reckoner"
Rédigé par: Lungos | 19/10/2007 at 16:14