Comicopera évoquent la perte et la guerre. Peut-on vraiment parler d'opéra comique?
On peut bien sûr y voir un opéra tragique. Mais comme je ne suis pas quelqu'un de tragique ou de pessimiste, j'ai préféré l'intituler Comicopera.
Pourquoi avoir choisi de diviser l'album en trois parties?
A la fin de l'enregistrement, Comicopera durait une heure, ce qui me semblait plutôt long. La solution idéale était donc de diviser cet album en différentes parties, d'une vingtaine de minutes chacune, à la manière d'une face de vinyle.
Chaque partie a pourtant un titre spécifique, ce qui suggère une certaine cohérence...
Contrairement à mes précédents albums, différentes atmosphères se dégagent des chansons, tant dans leurs thématiques qu'au niveau des musiciens et des compositeurs qui y ont participé. On peut voir cela comme une pièce de théâtre musicale, avec un fil conducteur narratif, même s'il ne s'agit pas vraiment d'une histoire suivie. De plus, certaines chansons semblaient aller ensemble, du fait de leurs préoccupations. La première partie évoque ainsi la perte et l'intimité, la deuxième la vie en Angleterre à observer le monde autour de soi, tandis que la dernière a quelque chose d'un voyage féerique, que l'on peut aussi bien rattacher à une certaine forme de folie qu'à un ailleurs, déconnecté de la réalité.
Plus je vieillis et plus les albums que j'écoute vieillissent. Ce qui explique le son de Comicopera.
Chaque partie peut donc s'écouter indépendamment des deux autres, comme s'il s'agissait de trois albums distincts?
Oui, d'ailleurs les changements d'une séquence à une autre sont plutôt abrupts. La seconde partie se termine par un bombardement (la chanson Out of the Blue) et la troisième débute avec la réaction de celui qui reçoit cette bombe (Del Mondo). Cela implique deux points de vue, mais également deux ambiances musicales très différentes.
Malgré ces différentes parties, l'album trouve sa cohérence et sonne comme un croisement réussi entre pop et jazz. Etait-ce un idéal que vous vouliez atteindre?
Dans un sens oui, mais ce son est également lié aux musiciens qui m'accompagnent. Sur mes deux derniers albums, j'ai trouvé un groupe avec lequel je pouvais travailler. Surtout, j'ai pris conscience de ce qu'il pouvait apporter à ma musique. D'habitude, je travaille en solo, puis ajoute des musiciens au moment d'enregistrer. Cette fois-ci, j'ai opté pour un fonctionnement en groupe. Bien sûr, j'aurais pu continuer à créer les différentes parties musicales avec des synthés, mais j'avais envie d'intégrer le caractère des personnes présentes dans ma musique.
Par moments, les atmosphères de Comicopera évoquent le jazz des années 50. Est-ce que cette période vous a influencé?
En fait, plus je vieillis et plus les albums que j'écoute vieillissent (rires). Ces dernières années, j'ai écouté beaucoup de disques des années 50, ce qui explique le son de Comicopera. Aujourd'hui, je me plonge dans les vinyles des années 30.
Est-ce que ça veut dire que votre prochain album sonnera comme du jazz des années 30?
C'est une très bonne idée! Peut-être que ma trompette aura plus de vibrato… En ce moment, j'écoute de très vieux enregistrements de jazz, notamment Mutt Carey, un trompettiste des années 20. Il faisait partie du mouvement New Orleans et a enregistré ses disques avant Louis Armstrong et l'apparition des premiers solistes. Son style est très beau, peu syncopé, presque archaïque (ndlr: il fredonne quelques mesures). J'adore ça. Donc si vous m'entendez jouer de cette manière, vous pourrez dire: "J'avais raison. Le voilà de retour dans les années 20." (rires)
J'ai trouvé dans la musique de Johnny Cash une possibilité de changer ma voix, de chanter de manière plus grave. Ce qui correspond mieux à mon âge, puisque je ne suis plus un enfant, ni même un jeune homme.
A côté de ses sonorités jazz, une chanson comme Beautiful Peace ressemble à une ballade country, proche de celles de Johnny Cash. Qu'est-ce qui vous a amené à explorer ce registre, plutôt inhabituel pour vous?
Durant l'enregistrement de Comicopera, j'ai beaucoup écouté les sessions réunissant Johnny Cash et Bob Dylan. Ça m'a permis de comprendre ce genre de musique et m'a donné l'envie de m'y essayer. De plus, j'y ai trouvé la possibilité de changer ma voix, de chanter de manière plus grave. Ce qui correspond mieux à mon âge, puisque je ne suis plus un enfant, ni même un jeune homme.
Cette chanson fait écho au titre Beautiful War, présent dans la même partie. Quel est le sens de ce couple?
A l'origine, les deux chansons sont nées d'une même idée musicale de Brian Eno. Ensuite, leurs thématiques se répondent. Beautiful Peace est une manière de se rappeler que même si nous ne sommes pas toujours heureux, nous avons la chance de vivre dans des pays en paix. Quant à Beautiful War, elle fait référence à une réalité qu'admettent rarement les militaires ou les politiciens liés à l'armée: ils aiment l'esthétique de la guerre, qu'il s'agisse des uniformes ou des machines utilisées. De la même manière, on se laisse prendre par l'euphorie de piloter un avion, même si celui-ci sert à lâcher des bombes.
Comme dans la dernière scène de Dr Folamour de Stanley Kubrick, où un officier chevauche la bombe lâchée par un avion, à la manière d'un cow-boy en plein rodéo?
Exactement. Cependant, je peux comprendre d'une certaine manière la fierté qui envahit les soldats. Là où je vis, dans le Lincolnshire, certains des habitants se sont battus durant la Seconde Guerre Mondiale et en retirent une fierté innocente. Néanmoins, je me demande si les soldats anglais qui se battent en Irak pourront connaître un sentiment similaire, puisqu'ils ne luttent pas contre une armée qui les a attaqués.
Robert Wyatt
Comicopera
Domino/Musikvertrieb
www.dominorecordco.com/site/?page=news&artistID=245
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