Les Rolling Stones à la Pontaise: on oublie qu'on regarde un écran sur un écran et on écoute la musique...
Chez Migros, on ne plaisante pas avec les soirées d'entreprise! Pour fêter les dix ans de sa carte Cumulus, le géant orange s'est offert - et a offert, moyennant invitation, concours et points de fidélité - les Rolling Stones à Lausanne, au Stade de la Pontaise. Rien de moins. Comme quoi, la musique s'achète chez Migros.
Passée cette prime ironie et la désagréable impression d'un cadeau à trois vitesses (les clients gagnants dans la fosse, les invités normaux dans les gradins et les super VIP Dieu sait où), on peut juste saluer le résultat final. En choisissant les Stones, Migros s'est assuré un succès complet grâce à un groupe susceptible de plaire au plus grand nombre, mais s'est aussi payé un concert de classe. Car malgré l'âge et le côté bête de stade, les Rolling Stones reste un grand groupe de scène. Hier soir, on aurait pu éliminer les feux d'artifices et les animations vidéos, il serait tout de même resté un très bon concert.
Dès l'entrée sur scène au son de Start Me Up - facile et habituel - la troupe de Mick Jagger a conquis ses fans, rassuré les sceptiques et réveillé les souvenirs chez ceux qui étaient là par hasard. Même si le morceau est plus efficace qu'inoubliable, il a de quoi réveiller les frissons. Et quand le groupe entonne un superbe You Can't Always Get What You Want un peu après, on reste bouche bée.
Entre-temps, Mick Jagger aura prouvé qu'il est toujours vert, conscient du concept de la soirée et prompt à en rire. "J'espère que vous portez tous vos sous-vêtements M-Budget", lance-t-il à la foule dans un français intelligible. De toute manière, entre jouer pour une entreprise ou filer sa chanson pour une publicité, il n'y pas de grande différence. Mieux vaut en rire et en profiter plutôt que de jouer à la police du rock.
La suite est de bon niveau. Après un ou deux titres dispensables, les Stones se lancent dans un hommage à James Brown, reprenant I'll Go Crazy à grands renforts de cuivres et de choeurs. De la soul on passe au blues, avec un passage sur lequel Keith Richard et Ron Wood se font plaisir, offrant aux 42 000 spectateurs de la Pontaise un beau retour aux racines.
42 000 spectateurs, ça fait beaucoup quand même. Et pour ceux du fond... heureusement qu'il y a les écrans géants. Conscient du problème, le groupe a tout prévu. La scène se met en branle, pour un petit voyage au milieu du stade redécoré aux couleurs de la Migros (de quoi se dire que l'esthétique helvétique ressemble à celle du défunt communisme). Caché derrière un plexyglas, Charlie Watts reste impassible, frappant flegmatiquement sa batterie. Entre la scène qui bouge et les vitres qui l'entourent, on se prend à penser à une papamobile pour papy du rock...
Passé l'effet gadget, la musique est à nouveau au rendez-vous sur la plateforme rétractable, les Stones offrant au public de la fosse un mini-set qui se referme sur Honky Tonk Woman et (I Can't Get No) Satisfaction. Face à ces tubes maousses, on se dit que finalement, le rock'n'roll a peut-être un peu vieilli. Que nenni! Après un retour vers la scène et un intermède à baudruche (grosses lèvres tirant la langue), la rythmique de Sympathy For The Devil démarre. Moins vaudou qu'à l'habitude, le morceau s'inspire du remix qu'en avait livré Neptunes, pour un gimmick piano/percus qui rappellerait presque les belles heures du Madchester. Manteau rouge et sauts de cabris, Mick Jagger virevolte jusqu'à ce que les côtés de la scène crachent les flammes de l'enfer. Mouais...
Mouais... Mais voilà: Keith Richards s'avance sur le devant de la scène, recueille sur lui la lumière d'un projecteur et s'affaire sur sa six-cordes. Paint It Black démarre et soudain on se dit que les Stones n'ont pas pris une ride. Du moins leurs morceaux. Et quand ils enchaînent avec Jumpin' Jack Flash on est debout ou presque. La suite n'a plus d'importance. Un seul rappel? Brown Sugar un peu moyen? Un dernier feu d'artifice? Pourquoi en rajouter. It's only rock'n'roll! (Une fin facile, je le concède, mais c'est pour faire écho au Start Me Up du début)

































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