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Retour de vacances en fanfare, avec un nouvel album de Frank Black, redevenu Black Francis. Ou même plus, Frank Black redevenu Pixies. C'est l'impression qui se dégage dès la première écoute de Threshold Apprehension, fantastique chanson et tube en puissance, extrait de Bluefinger, nouvel album du gros chauve à voix de chien enragé. Si le reste de l'album n'atteint la perfection pixienne de ce titre, l'ensemble se tient très bien et s'impose comme le meilleur disque du bonhomme depuis bien longtemps.
Ceux qui lisaient la presse musicale au début des années 90 se souviennent sans doute de Vic Chesnutt. Repéré par Michael Stipe de R.E.M., ce songwriter écorché vif s'est imposé parmi les plus belles plumes de l'époque avec l'album Is The Actor Happy? Depuis, on l'avait quelque peu perdu de vue, bien qu'il n'aie jamais cessé d'enregistrer.
Cet automne marque son retour en pleine lumière, grâce à Northern Star Deserter, nouvel album sorti sur le label canadien Constellation. Entouré des musiciens de A Silver Mt. Zion, Vic Chesnutt injecte de nouvelles sonorités à son écriture folk, passant d'arrangements de cordes à des inspirations rock abrasives. Epaulées par une kyrielle d'instruments et des choeurs chers au groupe, les ballades de Vic Chesnutt gagnent en puissance cathartique.
Et contrairement aux récentes sorties de du collectif canadien, l'ensemble tient la route, évitant de se perdre dans des répétitions interminables. Surtout, la voix unique de Chesnutt est un contrepoint idéal aux mélodies torturées de A Silver Mt. Zion. Moins criarde ou démonstrative que celle d'Efrim, elle dévoile une fêlure palpable qui fait sa force, tout en jouant d'une économie d'effets louable.
"Don't you boy know nothing? USA is the center of JerUSAlem."
Mystique ou ironique, la sentence a le poids d'un détonateur. Ouvrant le double-album The Texas Jerusalem Crossroad, elle lance l'explosion sonique, emballe le tempo et plonge l'auditeur dans une musique qui ne ressemble à rien, ou presque.
Rouflaquettes imposantes et Stetson vissé sur la tête, Josh Pearson fleure bon le Texas à l'ancienne. Moins qu'un shérif borné, il incarne plutôt l'image du pistolero solitaire, qui aurait troqué le six-coups pour la six-cordes. Et si les titres de chansons alignent les termes pieux, c'est pour mieux envoyer valser les anges dans la poussière du coin.
Pas bigot pour deux cents, Lift To Experience se substitue à la colère divine, de riffs écrasants en cantiques vénéneux. Si Just As Was Told et These Are The Days font parler la poudre, Down Came The Angel préfère la douceur du songwriting, chaud et aride à la fois, la voix habitée posée sur des murmures électriques. De Mogwai à Jeff Buckley, le trio texan assure un grand écart jamais plus entendu depuis.
Cet essai inaugural n'a pas connu de suite. Lift To Experience s'est dissout dans l'anonymat le plus absolu. Lors d'une conversation avec "l'inrockuptible" JD Beauvallet, celui-ci me citait d'ailleurs le trio comme illustration du groupe oublié qui aurait pu exploser avec le net. Peut-être. Reste que le chanteur Josh Pearson empoigne encore parfois sa guitare, traîne ses santiags sur les scènes rock, mais peine à boucler un album, un vrai, que certains espèrent encore.
Ils ont de la chance les Anglais: eux ont encore quelques émissions musicales qui ne ressemblent ni à Alain Morisod ni à Taratata. Parmi celles-ci, Later With Jool Holland fait figure de passage incontournable. Combien de vendredi soirs n'ai-je passés devant la BBC, patientant pour la diffusion de l'ami Jool et des groupes invités. Du mainstream au newcomer, son émission offre une place à la musique et à de belles surprises.
Quant à Editors, si certaines mauvaises langues n'y verront qu'un hommage appuyé à Joy Division, le groupe anglais dégage un magnétisme plus chaud que Ian Curtis et ses sbires. Une sorte de lyrisme dans la voix, une diction qui rappelle parfois le Michael Stipe des premiers R.E.M., ainsi qu'une propension aux riffs de guitares stridents, tubesques à souhait.
En plus d'avoir l'un des meilleurs noms de groupes du moment, ces Canadiens se payent le luxe de concocter un cocktail pop-punk équilibré, tubesque et abrasif à la fois. Second album du combo, Lose All Time emmène cette formule à son paroxysme, oscillant entre énergie brute et mélodies accrocheuses.
Dès l'introductif Five Year Plan on reste scotchés par le groupe de Vancouver, dont la frénésie punk rappelle presque les oubliés Atari Teenage Riot, autre nom de groupe excellent pour un cocktail sautillant. Mais quand la bande à Alec Empire prenait un malin plaisir à exploser la barre des bpm tout en fissurant celle des db, You Say Party! We Say Die! n'a pas peur de rétrograder, jusqu'à s'offrir une ballade dépouillée au piano sur le très beau You're Almost There.
Démarrant sur un synthé minimaliste, Monster dévoile la facette la plus pop du groupe, posant une mélodie sucrée sur un canevas explicitement new-wave. Une entrée en matière presque rassurante vers l'univers de You Say Party! We Say Die! Et pour ceux qui ont besoin de fulgurances plus électriques, Paperbag Records propose d'écouter Lose All Time en intégralité. De quoi se défriser au bureau!
La nouvelle n'a pas fait grand bruit dans la presse d'ici. Et pourtant, Tony Wilson a marqué de son empreinte le rock de ces trente dernières années. Présentateur télé sur Granada TV et à la BBC, c'est à lui que l'on doit la première apparition des Sex Pistols sur le petit écran, le 28 août 1976. Co-fondateur du label Factory, c'est à lui que l'on doit l'émergence de la scène post-punk et new-wave britannique, de Joy Division à New Order, jusqu'aux Happy Mondays. Créateur de l'Hacienda, il fut l'un des moteurs de la vie musicale mancunienne, ce qui lui valut le surnom de Mr. Manchester.
Tony Wilson est mort vendredi dernier à l'âge de 57 ans et je sais ce que ma passion pour le rock lui doit. Quelques vidéos ne sont pas de trop pour saluer sa mémoire.
Sex Pistols Anarchy In The UK - 28.08.1976
Joy Division New Dawn Fades - 18.01.1980
New Order Ceremony - 1987
Dix-huit mois à peine après Drum's Not Dead, Liars pointe à nouveau le bout de son nez avec un quatrième album éponyme, plus direct et varié que son monolithique prédécesseur. Oubliés les disques à concept, les déstructurations à la Einstuerzende Neubauten et les rythmiques tribales: le trio new-yorkais retrouve l'efficacité rock de They Threw Us In A Trench And Stuck A Monument On Top, sans renier son souffle électrique.
Sans filet et sans blabla, les "menteurs" se présentent sans artifice pour leur album le plus honnête. De l'obsédant premier single Plaster Casts Of Everything au plus tortueux The Dumb In The Rain, Liars s'impose comme un album varié, lorgnant aussi bien vers la pop saturée de Jesus And Mary Chains que vers une électronique éthérée, tel l'envoûtant Protection qui clôt l'album. Entre influences assumées et bruitisme décomplexé, Liars n'a plus besoin de se cacher sous des concepts protecteurs. La vérité toute nue enfin? Interview avec Angus Andrew, chanteur du groupe:
Ce nouvel album vient très tôt après Drum's Not Dead. Qu'est-ce qui vous a poussé à aller si vite?
En fait, nous essayons toujours d'aller aussi vite que possible entre deux albums, car nous prenons vraiment du plaisir à faire de la musique et composer des chansons. Mais cette fois-ci, Mute nous a laissé sortir l'album droit derrière Drum's Not Dead. Dans l'idéal, nous aimerions bien pouvoir toujours enregistrer aussi vite, pour pouvoir arriver à un résultat frais.
Ce qui frappe dès la première écoute de cet album, c'est sa dimension directe, très éloignée des structures complexes de Drum's Not Dead ou They Were Wrong So We Drowned. Etait-ce une nécessité pour vous de revenir à quelque chose de plus simple?
Sur nos précédents disques, nous avions échafaudé des concepts, transformant l'album en une unité réelle. Ce procédé nous a aidé à construire ces albums, car habituellement nous choisissions le thème et composions ensuite autour de celui-ci. C'était aussi une manière pour l'auditeur d'aller dans la direction de la musique. Cette fois-ci, par contre, nous voulions revenir à quelque chose de plus direct, créer une musique sans trop la penser. En un sens, il fallait que les chansons parlent d'elles-mêmes.
Est-ce à cause de cette envie de laisser la musique parler d'elle-même que l'album n'a pas de nom?
Exactement. D'habitude, nous prenions un malin plaisir à trouver des noms à rallonge en lien avec le concept de l'album. Mais au final, nous nous sommes demandé si ce genre de titres ne sonnait pas comme un mode d'emploi qu'on imposerait à l'auditeur. Ou une manière d'expliquer notre idée de la musique contenue sur l'album. Avec ce nouvel album, nous laissons chacun libre de définir notre musique. En ce sens, le titre est parfait (rires).
Avec cet album, nous voulions revenir à quelque chose de plus direct, créer une musique sans trop la penser. Il fallait que les chansons parlent d'elles-mêmes.
Ce refus de concept ou d'artifice tranche clairement au sein de votre discographie. Qu'est-ce qui a motivé ce revirement?
Paradoxalement, c'est sans doute grâce à ces concepts que nous avons choisi de changer de direction. Après un album comme Drum's Not Dead, centré autour de la batterie, la première chose qui nous est passé par la tête c'était l'envie de revenir à quelque chose de plus fun avec plus de guitares. De plus, c'était en quelque sorte un challenge de travailler ainsi. Utiliser des concepts pour bâtir un album c'est comme se préserver un filet de sécurité. Cette fois-ci, nous avons osé nous lancer sans filet. D'une certaine manière, on peut dire que ce nouveau disque est notre album le plus honnête. Un constat qui tient aussi au fait que nous laissons clairement transparaître nos influences, alors que jusque là on pouvait penser que nous cherchions à créer une musique qui nous permette d'être classé en marge de la scène rock. Avec cet album nous assumons nos influences et les groupes que l'on aime écouter, qu'il s'agisse de The Cure, Jesus And Mary Chains ou Led Zeppelin.
Justement, en plus de son côté direct, ce nouvel album se révèle nettement plus varié que vos précédents efforts…
En renonçant à élaborer un concept qui engloberait l'album, cela nous a permis de laisser les chansons exister indépendamment les unes des autres. Nous n'avons pas cherché à parler entre nous des morceaux pour les lier ensemble, mais avons préféré les concevoir comme des entités séparées. D'une certaine manière, chaque chanson est un single ou du moins peut exister individuellement du reste de l'album. Un autre élément qui explique cette diversité découle de notre manière de composer. Aaron et moi travaillons chacun de notre côté, lui à Los Angeles et moi à Berlin. Cet éloignement géographique et cet forme d'isolement fait que nos compositions prennent des directions différentes.
Drum's Not Dead était accompagné d'un DVD proposant trois transpositions différentes de l'album en vidéo. Avez-vous songé à proposer le même traitement pour ce nouvel album?
En fait, ce DVD était aussi une manière d'offrir quelque chose de plus à ceux qui ont acheté le disque. Comme nous avons cette fois-ci travailler de manière plus simple, ce concept ne collait pas vraiment à cet esprit et nous n'avions de toute façon pas le temps de le réaliser. Néanmoins, nous allons proposer de petites vidéos pour chacune des chansons, car nous sommes toujours très intéressés par cette dimension visuelle. Il s'agira de clips de 30 secondes visibles gratuitement sur notre site et réalisés par Patrick Daughters. Ce qui est aussi une évolution pour nous, car d'habitude nous nous impliquons dans tout ce qui entoure l'album. Alors que cette fois-ci, nous avons laissé le réalisateur totalement libre et nous sommes cantonnés à faire les acteurs.
Que fait Will Oldham entre deux albums? N'importe quoi, à en croire cette vidéo, parodiant les poses hip hop sur une musique de Kanye West. Sans sa barbe à poux mais avec son copain poilu Zach Galifianakis, l'auteur de I See A Darkness danse dans la campagne au son de Can't Tell Me Nothin'. Bien drôle tout ça. Y a pas à dire, Will Oldham est sans doute le musicien le plus libre du moment.
Quand vous lirez ces lignes, je serai en vacances ou presque. Mais bon, je vous laisse un peu de lecture. A venir dans la quinzaine qui suit, des vidéos drôles, bêtes, un album oublié, une interview de Liars et encore deux-trois trucs, si j'ai le temps.
Et puis, puisque le MP3 de la semaine ne revient que lundi prochain - et que l'été des festivals n'est pas tout à fait terminé - voilà de quoi vous donner envie de faire votre valise pour la semaine. Comme à son habitude, La route du rock à St-Malo propose un programme éclectique et de bon goût. Jugez plutôt: LCD Soundsystem, Sonic Youth jouand Daydream Nation, Electrelane, Patrick Watson et même les Smashing Pumpkins (non, là je plaisante pour le bon goût).
Et parmi tous ces jolis noms, on retrouve également celui d'Elvis Perkins, chouchou par ici. Je ne vais pas tout re-raconter une fois encore, mais disons juste que j'aime beaucoup. Et que While You Are Sleeping est la plus belle chanson de l'année! (ici, une version enregistrée dans le cadre des sessions du site Daytrotter)
Et comme je serai en vacances et pas à St-Malo, on s'écoute également la version studio...
La Route du Rock
Mercredi 15 août
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