Sur le papier, critique rock est sans doute le plus beau métier du monde. Mais en réalité, c'est un peu comme ailleurs. Des fois, on a des découragements. Il y a des semaines où on aurait mieux fait de rester au lit tout le long (7 jours de sommeil, ça ne serait pas si mal en ce moment). Des semaines où on entend pas mal de conneries autour de soi, où on essuie beaucoup de petites (mais crispantes) déceptions et au final, on vire du rock au (coup de) blues.
Mais bon. Trève de jérémiades. Le côté cool du boulot, c'est qu'on s'occupe de la plus belle chose du monde: le rock (enfin, la musique, corrigerons d'eux-mêmes les hardeux). Et comme cette fin de mois de mai multipliait les possibilités d'émotions live, il y avait une chance d'effacer les emmerdes de la semaine grâce à un long week-end de concerts. Petit carnet de route:
Jeudi 24 mai, JAY JAY JOHANSON, Les Docks, Lausanne
"Alors où ça en est ces Docks!?" C'est un peu la question que je me pose au moment de retrouver la salle lausannoise pour le concert de Jay Jay Johanson. A priori, elle se porte moins mal qu'annoncé. Du moins, le public a-t-il répondu présent pour le retour du crooner suédois. Oubliées les errances infréquentables de Rush et Antenna: Jay Jay a bouffé du Chet Baker à nouveau et voudrait refaire le coup de Whiskey.
Sur scène, ça n'est pas aussi simple par contre. En optant pour une formation à deux, le maigrelet suédois se plante un brin. Oui, oui, le dénuement piano/voix c'est sympa. Mais les compos sont un brin minimalistes pour surnager dans l'économie. Surtout, la grande force de Johanson a toujours été son cocktail mélangeant jazz à papa et drum'n'bass soft. Ici, en acoustique, on a plutôt l'impression "d'être" à un cocktail.
A l'exception d'un joli She's Mine But I'm Not Her, autant dire qu'on s'emmerde un peu durant cette session jazz. Pour peu on croirait à un show-case (mais ce n'est ni le lieu, ni le prix pour ça). Quand enfin une boucle rythmique démarre, on croit au miracle. Mais non. Réduit à une simple boîte à rythmes, l'artifice reste... articificiel (et qui plus est un poil fort en comparaison de la voix). Et l'ironie mordante des concerts passés est bien absente (tel un It Hurts Me So version hard à trois guitares). Dommage donc.
Jay Jay Johanson n'est pas encore redevenu le fringant suédois des débuts (celui qui demandait de dire aux filles qu'il était "back in town"). Il essaye, mais pour créer l'illusion, il faudra repasser.
Vendredi 25 mai, SLINT PLAYS SPIDERLAND, L'Usine, Genève
Souvenirs, souvenirs à nouveau. Mais on fait bondir la Delorean plus loin encore. 1991 pour être exact, année de sortie de Spiderland, second et ultime album de Slint. Mis sur les rails par la joyeuse équipe du ATP Festival, la bande à David Pajo s'est mise en tête de remettre le couvert 16 ans plus tard, pour dépoussiérer ce séminal album.
Le problème, c'est justement que seize années ont passé depuis. Hors-contexte, l'album impressionne moins, tant ses sonorités et ses structures ont depuis été intégrées à la grammaire rock (ou post-rock). Alors oui, c'était un disque précurseur, mais bon, depuis l'eau a coulé sous les ponts. En plus, la triplette survivante du Slint de base ne se donne guère d'effort pour transformer la pièce de musée en spectacle actuel (ou vivant, remarquez). Statisme, mutisme, limite "je m'emmerdisme".
Malgré ça, le tout reste appréciable, notamment pour l'écrasant Good Morning Captain. Quelques titres de plus s'ajoutent encore à l'exercice (dont un inédit pas entendu pour cause de bière au bar (oui, pardon, mais j'avais soif et Spiderland était terminé). Et puis on plie, on range et on reste avec une seule question: Will Oldham touche-t-il des royalties sur les T-Shirts vendus au stand du groupe, reprenant sa photographie vue sur la pochette de Spiderland?
Samedi 26 mai, SOPHIE HUNGER + WOVEN HAND, Caves du Manoir, Martigny
Retour aux sources, ou presque, pour une soirée en Valais. J'ai déjà raconté il y a peu tout le bien que je pensais de cette salle (et aussi quelques vilaines choses sur les bâtons dans les roues qu'on lui met). Passons donc et rentrons dans le vif du sujet, avec du live à go-go.
Pour débuter, le Valais fait son Burning. Ou comment une dizaine de groupes valaisans se succèdent pour reprendre des titres de 1977 (année de création des Caves) ou presque. Stooges, MC5, Pink Floyd, du classique, voire du lourd. Bien sympa, surtout avec un principe de blind test (bon j'ai craqué après une dizaine chansons et ne saurai jamais ce qu'il y avait à gagner).
La soirée se poursuit à l'intérieur des Caves, pour une affiche séduisante. Sophie Hunger, tout d'abord, encore une fois magnifique. Là aussi, j'ai déjà dit ici tout le bien que je pensais de la chanteuse zurichoise. Ajoutons simplement qu'elle et ses musiciens sont également des gens d'exceptions. Avec qui on peut passer une excellente soirée...
Un coup d'oeil à Woven Hand pour la suite du programme, toujours aussi charismatique, bien qu'un poil trop électrique à mon goût (je préfère la country gothique de Mosaïc). Puis retour à l'extérieur où se démènent les quatre DJs de Birdy Nam Nam, pour un show sous emphétamines qui nettoye les fourmis dans les jambes.
La suite restera sous silence, moins musicale qu'alcoolisée et stupéfiante. Jusqu'à un réveil avec maux de tête dans un hôtel valaisan un poil glauque.
Dimanche 27 mai, DO MAKE SAY THINK, Reitschule, Berne
La fatigue commence à se faire sentir. Retour depuis Martigny, passage par la case famille, repas équilibré, micro-sieste et départ pour Berne, où joue Do Make Say Think (et en même temps, juste à côté, Dirty Three... aaahhh, le dilemne).
Dès le début du concert, on sent que ces Canadiens-là n'ont rien à voir avec leurs homologues à poils de Montréal (parce que Do Make Say Think vient de Toronto, en fait). Ils sourient et en plus ils parlent au public, et pas dans leur barbe! Début en douceur par contre, un brin gnan-gnan... aura-t-on à nouveau affaire à du post-rock ras des pâquerettes? Un écrasant Reitschule vient balayer cette crainte (en passant, quelle luxe d'entendre ce titre dans la salle où il a été composé).
La suite n'est que montée en puissance. Premier point d'orgue, l'incroyable Fredericia, toujours aussi efficace. Puis un peu de légèreté avec A With Living, blues terreux éclairé par les tintements malins des porte-clefs du public (dirigé de main de maître par le groupe). On poursuit dans la gaudriole, lorsque tous les visages sur scène se parent d'une moustache similaire à celle du bassiste Charles Spearin. C'est l'anniversaire de l'ami poilu, alors on rigole et tout le public chante.
Re-point d'orgue droit derrière, avec le dyptique Horns Of A Rabbit/The Universe, dont la puissance écrase tout d'un souffle sonique. Au final, Do Make Say Think aura surtout revisité les titres de ses deux derniers opus, mais avec une classe et une maîtrise rares. Jamais figé, ce post-rock-là ne mérite pas d'être cantonné à l'étiquette, tant il se joue des genres, flirtant avec le jazz ou le folk. Surtout, pas d'intellectualisme à la "j'm'r'garde les pieds" ici. Do Make Say Think offre de l'émotion et ça... c'est très bien.
Et puisque ce long post manque un peu de musique, offrons un petit bout de Do Make Say Think live à ceux qui sont arrivés au bout de la lecture:


























On ne serait pas allé un peu vite en besogne Mr Schenck en postant hier, avant le meilleur concert de la semaine?
honey for petzi et shellac c'était juste incroyable!
Rédigé par : Gaetan | 30/05/2007 à 09:39
Très juste. Une sieste le lundi, et le mardi c'est reparti. Concert hypnotisant hier soir à l'Usine. Un Steve Albini chamanique, récitant ses incompréhensions aéronautiques entre deux morceau du nouvel album de Shellac pour lequel les trois compères ont resorti leur matos préhistorique (guitarres usées, cordes vintage, ampli maison et garde-robe bien repassée). Et ce soir? Personne n'est à St-Gall pour voir 'Band of Horses'? Et demain? Etc.
Rédigé par : Luc | 30/05/2007 à 22:27
Quant à Low au Romandie, on en parle même pas, mais tu y étais aussi, alors... La classe, une fois encore... Mais est-ce que ta déprime saisonnière ne serait pas en partie liée au fait qu'il n'y a AUCUN musicien dans les 100 personnalités qui font la Suisse romande choisies par l'Hebdo? Je ne prêche pas pour ma paroisse, mais si on peut mettre Bernard Nicod, on peut aussi mettre Polar ou les Gods, non?
Un Fauve en colère...
Bisous
Rédigé par : Fauve | 01/06/2007 à 08:43
Un peu dur avec le Jay Jay...? J'ai quand même passé un très bon moment même si j'aurais préféré écouter cette musique assis à une table avec un bon verre de Barolo... En plus, en vrai, il a l'air nettement moins déprimé que sur les pochettes de disques... il avait l'air content...cool.
Pas vu Low mais j'imagine que ça devait être du même tonneau que l'année passée à Fri-Son, donc excellent !!
Rédigé par : Mathias | 02/06/2007 à 12:04