C'est le rock qu'on assassine!
Je le concède, ce cri du coeur est un rien à l'emporte-pièce. Mais au moins il résonne clairement et attire le lecteur. Donc ce n'est pas vraiment un assassinat, mais plutôt une tentative d'étouffement. Car la bête résiste. Voilà 30 ans que les Caves du Manoir servent de bastion rock au Valais. Trente ans que la salle poursuit son bonhomme de chemin, terre d'asile aux décibels dans un canton peu fourni en temples rock.
Léo Ferré et John Cale ont foulé la scène des Caves. Puis le punk s'y est invité dans les années 80, le metal un peu plus tard, jusqu'au hip-hop et à l'electro durant la dernière décennie (les Caves ont notamment accueilli le premier concert suisse de TTC, que l'on a revu un peu partout depuis). Même si d'autres salles existent aujourd'hui en Valais (de l'Art Sonic à Sierres, au Pont Rouge de Monthey, né sur les cendres du Veau Doux), les Caves du Manoir restent un phare, à l'histoire et au rayonnement précieux.
Pourtant, un certain malaise m'empare au moment d'annoncer l'anniversaire de ces "mythiques" Caves. Comment imaginer une salle de concerts qui doit fermer ses portes à 1 heure du matin (oh, pardon, deux fois par mois elle a la permission de 2 heures)? Comment interpréter l'obligation de payer les services d'un Sécuritas pour chaque soirée, même pour des projections ciné (les séances "CinéManoir", bienvenues en un temps où le cinéma d'auteurs n'a guère droit au chapitre en terres valaisannes). Chaque année, ce sont près de 20 000 francs que perd la salle, entre les frais de sécurité et les pertes sur le revenu des bars (qui comme chacun le sait aujourd'hui reste l'unique moyen d'équilibrer le budget d'une salle de rock).
Une situation absurde, presque jamais dénoncée. Alors qu'on en a lu des articles sur l'interdiction de soirées disco aux Docks ou sur les déboires du Romandie avec ses voisins restaurateurs (pour rester aux exemples lausannois). Récemment encore, les journaux romands consacraient maints articles pour dénoncer les nouvelles restrictions de décibels imposées aux salles. Mais pas une ligne sur une politique délibérément anti-rock - et par là anti-jeunes - qui dure depuis des années. En Valais, une salle de rock reste pour beaucoup un lieu de perdition, où les jeunes iront boire, se droguer et draguer les filles. Un peu comme carnaval... mais pas ancré dans la tradition locale.
Quand tant d'autres auraient jeté l'éponge, l'équipe actuelle des Caves du Manoir s'accroche. Mieux, elle tente encore de séduire les habitants de Martigny, à l'occasion d'un festival éclectique pour fêter cette triple décennie. Au menu: conférences, expositions, concerts gratuits et même un spectacle pour les enfants. Et pour rester fidèle à sa tradition rock, la salle s'offre une jolie brochette d'artistes. Jugez plutôt: The Melvins, Alec Empire, Woven Hand, Tacteel, Birdy Nam Nam ou encore Sophie Hunger.
La résistance culturelle, ça ne s'improvise pas. C'est une vocation, dont la portée dépasse le simple cadre d'une salle de rock. C'est une envie de partager quelque chose, qui répond à un besoin surtout. Plutôt qu'un joyeux anniversaire, souhaitons une belle suite aux Caves du Manoir. Et profitons au maximum des jolies festivités organisées pour ce trentième!
Martigny.
Caves du Manoir.
Du 23 au 27 mai.
Concerts, expositions et mieux encore.



























Salut bonhomme!!!
Merci pour ce joli hommage à nos bonnes vieilles caves (avec tout ce qu'on a bossé pour ce festival et ce lieu, ça fait plaisir d'avoir un peu de reconnaissance) et je me réjouis de te voir au festival... Soirée Wovenhand???
Becs, Novella
Rédigé par : Novella | 22/05/2007 à 15:09