Pour bien digérer les récentes Victoires de la musique, laissons-nous aller à dire tout haut notre ras-le-bol de la chanson française, du moins de sa nouvelle scène. Et profitons-en pour en rire, en compagnie du dessinateur Luz.
Figure bien connue des lecteurs de Charlie Hebdo, le bonhomme est également un passionné de musique, DJ à ses heures, illustrateur dans Magic ou Les Inrockuptibles, ou encore auteur de livres consacrés au sujet (Claudiquant sur le dancefloor et Faire danser les filles). Le revoici aujourd'hui avec un nouvel ouvrage, consacré à la face obscure de la question: Je n'aime pas la chanson française.
Ou comment croquer Delerm, Bébabar, Cali et autres Grand Corps Malade à grand renfort de petites histoires, de satire et de mauvaise fois. Les anciens ne sont pas épargnés non plus. Renaud, Bashung, Les Enfoirés, tous ont droit à leur trombine dans ce livre qui venge tous les allergiques à la "nouvelle chanson française". Rencontre.
D'où te viens ce dégoût de la nouvelle scène française?
Depuis que je suis enfant, j'essaye de m'intéresser à la chanson française. J'ai écouté Ferré, ça m'a fait chier. Brassens, ça m'a cassé les couilles. Même Brel, ça va un moment et après j'ai l'impression de sentir son haleine de clope à travers ses chansons, alors que la mienne me suffit. En résumé, je n'ai jamais réussi à entrer dedans. Et le problème, c'est qu'aujourd'hui c'est la chanson française qui me rentre dedans. Partout. Dans les restaurants, à la télévision, à la radio… Par exemple, je n'écoute plus la radio depuis l'instauration des quotas pour la chanson française. Comme si on t'obligeait à aimer ça, aussi bien à cause des quotas que de la mode qui s'est construite autour depuis les succès de Delerm, Benabar et autre Cali. Genre, je me lève le matin et j'ai une chanson de Raphaël dans la tête. De quel droit!? (rires) Un autre exemple tout con, c'est quand l'année dernière James Brown et Pierre Delanoë sont morts en même temps. Résultat: une chaîne française a monté un prime-time autour de Delanoë et rien sur James Brown!
Que cherches-tu avec ce livre?
L'idée c'est que la chanson française est sur un piédestal actuellement. Et comme tout ce qui est érigé de la sorte, j'ai envie de m'amuser à l'en faire tomber. L'industrie de la chanson française est tellement pleine de morgue, qu'elle a besoin d'un peu d'humour. En quelque sorte, je venge tous ceux qui en ont marre. Et si les autres se mettent à imaginer ces personnages tels que je les ai dessinés et mis en scène, c'est encore mieux.
Tu espères remettre dans le droit chemin les fans de Delerm et Bénabar?
Oh non! Je ne cherche à faire du prosélytisme ou à dégoûter les gens de la chanson française. C'est juste une manière de rétablir l'équilibre, en mettant la satire au service de la musique. Et aussi de me risquer sur un terrain complètement vierge, qui consiste à croquer ces personnages publics que l'on ne caricature jamais. Par exemple, je n'aurais jamais pensé trouver autant de plaisir à dessiner Vincent Delerm. Ou mieux encore: Michel Sardou. C'est une espèce de topinambour super-graphique à dessiner, un peu comme Bernadette Chirac.
Y a-t-il tout de même des musiciens français actuels qui te plaisent?
Bien sûr. J'aime Katerine, Dominique A, Arno ou encore Arthur H. Ce ne sont pas des sous-poètes et ils prennent la peine de mettre de la musique autour de leurs textes. Surtout, ils utilisent leur voix et ne se contentent pas d'être des chanteurs à textes.
Je suis sûr que Pascal Nègre n'écoute pas les disques qu'il produit chez lui. Car ce ne serait pas humain...
C'est important pour toi cette séparation entre voix et texte?
Très important. Par exemple, j'aime beaucoup la voix d'Alain Bashung. Mais ces textes… Ceux de Bergman en tout cas, pour moi c'est un peu du Raymond Devos. Des jeux de mots pas drôles. Le problème de la chanson française c'est qu'on l'écoute et donc qu'on est attentifs aux textes.
A ton avis, pourquoi accorde-t-on autant d'importance aux textes dans la chanson française?
Peut-être qu'il y a là une forme de prétention. Ou encore une certaine nostalgie de la grandeur de la poésie et la littérature française. Du coup, on fait notre gloriole de cette nouvelle chanson française, comme si c'était là que résidait aujourd'hui une sorte d'esprit prétentieux français.
Dans ce livre, tu ne te contentes pas de caricaturer ces personnages, mais tu crées des histoires et même des jeux. C'était important pour toi d'aller vers autre chose que ton travail de dessinateur de presse?
En fait, il y avait une matière géniale pour créer des histoires. Par exemple, d'imaginer Vincent Delerm réalisant que son inspiration vient de son nombril m'a permis de broder une vraie petite intrigue. Quand il tente de se lancer dans la chanson engagée, il est obligé de splitter avec son nombril. Quant aux jeux, c'était un moyen rigolo de se moquer de ces personnages. Le Sudoku permet d'être un juré pour la Victoire de la Musique du chanteur le plus emmerdant. Quand tu as rempli la grille… tu obtiens le vainqueur!
Tu ne t'attaques pas qu'aux musiciens, mais également à d'autres personnalités de l'industrie du disque, en particulier Pascal Nègre d'Universal Music…
Même si Pascal Nègre n'est pas un chanteur, c'était indispensable qu'il soit là. C'est un homme de l'ombre, qui donne une image de perfide, de type qui a tout compris. Mais je ne suis pas sûr qu'il écoute chez lui les disques qu'il produit. Ce ne serait pas humain (rires).





























Ouais, Abelar, trouve toi une Héloise, ça te calmera ! J'ai déjà eu l'occasion d'écouter quelques uns des artistes que tu cites, i.e. C++, Barcelone et Gilles Bocs, alias Adam, et franchement, ça renvoie direct Bénabar à ses spécialités italiennes. Un peu d'ouverture d'esprit, un peu d'humour, on respire par le nez, tout va bien aller... Buona sera !
Rédigé par : Marguerite | 22/10/2007 à 23:04
Oui effectivement le mail d’Abélar ressemble plus à un règlement de compte qu’autre chose. Mais en face ça manque d’argumentation : on relèvera le niveau de ces gens qui se proclament « chanteur français »... Abélar a voulu dire qu’il y a aujourd’hui trop de nouveaux french songs makers sur le marché, qu’ils se ressemblent tous ou sont des photocopies, en nettement moins bien, parfois en mieux –c’est rare- des Delerme, Bénabar, Ruiz et autres…. C’est tout le sens de l’article sorti dans l’Express d’il y a 15 jours :
http://www.lexpress.fr/mag/arts/dossier/enquetechanson/dossier.asp?ida=460641&p=1
Les artistes du label cités plus haut vont avoir beaucoup de mal en cette période, même s’il est vrai que certains se dégagent un peu de la soupe « populaire » qu’on nous sert sur Myspace. Tout le monde aujourd’hui fait de la musique, et c’en est, pour peu que l’on ait un peu d’oreille et de culture musicale, assez risible et affligeant. La plupart ne savent sûrement pas déchiffrer une partition…
J’ai navigué sur les pages des artistes cités plus hauts et ils ne me convainquent pas, je parle notamment de Martin et Adam. Ca manque de couleur, de voix –pas d’originalité dans le timbre, pas de sensibilité, peu ou pas de « soutien » de la voix (de technique vocale en bref)-. J'irai même jusqu'à dire que, parfois,il y des problèmes de "justesse". Il manque ce je ne sais quoi d’un peu magique qui fait que l’on va s’émerveiller, voyager, changer d’univers… Où sont les textes, où est la poésie, où est la musicalité ? Je ne les trouve pas très convaincants ces deux là. Dommage. Et puis être dans la compil des Inrocks, ça ne veut pas dire grand-chose aujourd’hui. Ca relève plus du réseau que du talent.
Rédigé par : Bénacasseburnette | 01/11/2007 à 10:54
Je ne vois pas le rapport entre la bonne chanson, la mauvaise chanson, lire des partitions, la technique vocale.
Céline Dion a une grande technique vocale, elle sait déchiffrer des partitions (j'imagine...). Fait-elle de la bonne chanson?
Gainsbourg avait-il une grande technique vocale? Bashung? NTM?
Le mouvement punk était mauvais car il n' y avait pas de technique vocale? Pas de poèsie?
Si le critère est la technique, et bien, en transposant ça au domaine des arts graphiques, on peut dire que bon nombre de créateurs de B.D sont nuls car ils ne dessinent pas comme Delacroix ou De Vinci.
A mon avis, Bénéabar et Delerm sont mauvais quand ils "utilisent des grosses ficelles", à la manière d'un Obispo, pas quand ils chantent mal.
Rédigé par : rock'n roll | 05/11/2007 à 16:15
Gainsbourg n'avait pas de voix mais il avait du talent, je dirais même du génie, ce qui manque particulièrement à des gens comme Gilles Bocs.
Franchement Barcelone et/ou, Gilles Bocs devraient raccrocher leurs guitares. Vous perdez votre temps les mecs...
Tiens on entend plus parler de Martin Angor, de Laurent Barbin.... Le label "Depuis la chambre" serait-il en train de se casser la figure ?
Glen nous a tellement rebattu les oreilles avec tout ça. J'croyais que C++ était la révélation de l'année 2005.. Et l'album d'Angor, on l'attend "encore" il sort quand ? Pffff !
Que du vent tout ça.
Rédigé par : Gaudi | 15/03/2008 à 23:47
Abelar,Gaudi...
peu importe ton pseudo, ton venin craché est beaucoup trop ciblé pour être honnête !
Alors un peu de courage
Qui es-tu ?
Rédigé par : Gilles Bocs | 27/03/2008 à 16:49
Cette BD est...INTELLIGENTE!
Bien envoyée, je me retrouve dans ce que pense Luz.
J'adore Gainsbourg mais la "chanson à textes" m'a toujours énormément ennuyé, j'ai déjà lutté mais c'est plus fort que moi! De Ferré à Cantat, ils m'ennuient...
Rédigé par : JEANGUENIN | 08/04/2008 à 20:22
la culture française est prétentieuse et morte. Point barre.
Rédigé par : anthony | 22/11/2008 à 18:04
la BD française est prétentieuse et morte. Point barre
Rédigé par : nitram | 09/02/2009 à 18:37
http://www.depuislachambre.com/dlc pour écouter ou commander ou télécharger les derniers albums de depuis la chambre (martin angor et laurent barbin)
Rédigé par : depuis la chambre | 13/05/2009 à 12:47
Heureusement, quelques artistes essaient encore d'emmener cette belle langue vers des territoires inexplorés.
A lire sur le blog d'Indie Rock Mag, pas particulièrement fan de "chanson française" :
"Et que c'est bon cette affaire ! Musicalement à la fois lo-fi et assez subtilement arrangé pour décoller juste quand il faut, Le garçon m'a renversé avec son texte d'une crudité aussi drôle que malaisante, le superbe instrumental ambient-pop Corps caverneux éloigne définitivement tout ça de la chanson française... et quoi qu'il en soit cet album de Martin Angor est aussi unique que tubesque, bravo."
Ou encore la chronique de JD Beauvallet dans les Inrockuptibles : "Etrange et dérangeant décalage entre ces mélodies Bontempi et les idées noires, mots anguleux et vacheries quotidiennes qu’elles charrient. Son label, qui parle visiblement lui aussi couramment l’ironie, s’appelle Depuis La Chambre : on aurait pu craindre ce genre de pop de chambrette qui, depuis le pauvre Dominique A joue à touche-pipi sur deux accords et une maigre idée depuis le début des années 1990. Mais visiblement, cette chambre est aussi une salle de jeu où Martin Angor joue au Meccano avec une electro bariolée et des mots qui virent du gris au rire jaune. Il suffit d’entendre son très étonnant AK 47 pour se convaincre qu’on tient là un auteur culotté."
Il est drôle de constater que ces deux chroniques sur l'album de Martin Angor le défendent en l'opposant à la "chanson française" tant décriée ici. Elle ne va pourtant pas plus mal que la pop anglo-saxonne qui produit autant voire plus de déchets.
Rédigé par : DLC | 25/06/2009 à 12:14