Pour finir en beauté la première semaine de Voix de fête, le Casino Théâtre était placé samedi sous le signe du décalage. Avec en tête d’affiche l’inimitable Katerine, auteur en 2005 avec Robots après tout d’un croisement rêvé entre Daft Punk et Houellbecq, cocktail hype caustique et électronique. Evénement pour une soirée à guichet fermé!
Mais avant de découvrir le Vendéen – entouré pour l’occasion des anciens Little Rabbits – c’est à Ü qu’incombait la tâche d’ouvrir la soirée. Une lettre, une seule, derrière laquelle se cache Travis Bürki, mélangeur de genres, avec plus ou moins de bonheur. Point fort: le second degré et l’aspect « cheap » revendiqué de son spectacle (du look à la mise en scène). Point faible: des compositions pâtissent encore de certaines approximations, musicalement comme dans les textes, lorsqu’il s’extirpe de son rôle d’amuseur.
Malgré ce léger handicap, Ü n’a pas à rougir de sa prestation. Inventif et drolatique, le chanteur a su gagner le cœur d’un public qui n’était pas venu pour lui. Empruntant autant à Gainsbourg qu’à Edouard Baer, il feint parfaitement la maladresse dans sa posture scénique, emmenant le public dans son univers sur le fil entre chanson et grand n’importe quoi, alignant pop, rock et violon yiddish.
C’est Julien Ribot qui foule ensuite la petite scène de l’arrière-boutique du Casino Théâtre. Mais comme souvent, si l’idée est attirante, on est découragé par l’exiguïté du lieu, particulièrement les soirs de grande affluence. Quelques notes entendues depuis le bar donc et puis retour dans la salle, calé dans un fauteuil de velours rouge en attendant le clou du spectacle.
Dès son entrée en scène, Katerine annonce la couleur. Dans sa chemise rose et son pantalon vert, il donne l’image d’un chanteur de charme mal délavé, sorte de Serge Gainsbourg coincé dans la redingote de Cloclo. Quant à ses musiciens, vêtus de toges et de colliers rappelant une secte allumée, ils semblent figés, robots clonés aux ordres de leur "leader".
Débutant avec une série de titres issus de Robots après tout, Katerine et son groupe détonnent d’entrée par une orientation rock et minimaliste. Deux guitares, une basse et une batterie pour une formule hybride, sorte de disco-rock souterrain, cultivant l’ascendance larsen par moments. Une manière de revisiter ces chansons qui fonctionne à merveille, offrant une force supplémentaire aux textes.
Sage encore, le public reste assis pour assister à ces déclamations absurdes, suite d’inventaires délirants (Le train de 19h, Excuse-moi) et de leitmotivs martelés (Qu’est-ce qu’il a dit?, Après moi). Le tout soutenu par un Katerine virevoltant, enchaînant pas de danse et déhanchements robotiques, sous des projecteurs au kitsch aveuglant.
Louxor j’adore sonne le réveil et fait se lever la moitié de la salle, s’égosillant lorsque Katerine « coupe le son ». La ritournelle d’un été Je vous emmerde prend le relais, puis le set s’aventure dans un tour d’horizon d’une carrière vieille de quinze ans déjà. De Huitième ciel aux Créatures, les chansons resurgissent dans ces versions rock synthétiques.
Rappelé par une standing ovation, le groupe offre un quarté final de haute voltige, du Poulet no 728 120 à une version explosive de Derrière la porte, comblant encore les fans du premier rang par une interprétation a capella de "la classique" Jeannie Longo.
Revenu des dancefloors le playmobil déjanté de la chanson française est devenu un show-man éclatant, conservant ses faux airs de dandy et des vers toujours aussi affûtés. De Marine Le Pen aux barbecues de l’Elysée, son bestiaire post-moderne n’aura épargné personne et déridé la salle dans un souffle rock’n’roll jouissif.
Voix de fête
Genève
Jusqu'au 20 mars
www.voixdefete.com


























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