« Eels with strings: folk aigre-doux | Accueil | Une soirée très sage... »

04/03/2006

En attendant les Victoires

Nul besoin de revenir sur le bien-fondé des Victoires de la Musique. Le cinéma a ses César et le théâtre ses Molières, donc à chacun son dû et il n’y aura pas de jaloux. On peut juste remarquer que le trophée du milieu musical n’emprunte son nom ni à son créateur, ni à un artiste mythique. Ce qui n’est pas un mal finalement et permet d’échapper à des hypothétiques Cloclo de la Musique (imaginez un instant, une statuette sur le modèle des Oscars, où l’on aurait remplacé les bras croisés par un moulinet figé, tiré de la chorégraphie d’Alexandrie, Alexandra).

Victoires_2Nul besoin non plus de remettre en question la liste des nominés. L’industrie dicte sa loi en grande partie, replaçant les leaders des hit-parade, les abonnés aux prix verts ou aux coups de cœur de France Inter. Et puis la musique reste sans doute l’art le plus subjectif, où chacun aura son opinion qu’il défendra becs et ongles.

(Citons tout de même un absent peu connu, mais qui est célébré ailleurs, donc qui fait mentir l’adage supposant qu’il aurait tort. Exilé au Canada depuis quelques années déjà, le chanteur français Jérôme Minière y rencontre un succès plus probant que dans l’Hexagone. Son electro-pop tendrement décalée s’est même vue décerner un Félix en 2002 (équivalent canadien des Victoires, empruntant son nom au chanteur Félix Leclerc). Son concept-album Chez Herri Kopter – paru en Europe en 2005 – est un petit bijou de chanson moderne et ironique, où il multiplie les duos (avec la chanteuse Lhasa entre autres). Mais passé relativement inaperçu en France comme en Suisse romande…)

Le vrai problème des Victoires de la Musique, c’est plutôt leur manque de crédibilité. Coincées parmi d’autres cérémonies à la gloire de la musique (quoique…), comme les NRJ Music Awards ou les World Music Awards monégasques – tous deux ont leur lot de catégories franco-françaises – ou encore le Prix de l’Académie Charles Cros (qui a couronné Le fil de Camille en 2005), les Victoires n’ont jamais eu l’éclat des César, ne s’imposent pas comme une référence.

Pourtant, tout a été mis en œuvre pour espérer séduire le public. Un duo trans-générationnel à la présentation (cette année Nagui et Michel Drucker), le Zénith pour décor, une retransmission nationale télé et radio. On a même pris soin d’écarter les catégories trop ennuyeuses, qui font chaque année le charme désuet des César (les prix techniques). Pas de meilleurs producteurs ou de meilleurs ingénieurs du son ici. Non. A la place, on a pris le parti de créer des catégories dans l’aire du temps, comme le prix du meilleur site web, au final presque aussi rébarbatives.

Mais là où les Victoires pêchent, c’est par leur manque de prise de risques. Si on trouve des artistes actuels de talent parmi les nominés, ils sont trop souvent cantonnés aux catégories dites "Révélations", au mépris de leur succès, de leur palmarès ou encore de leur carrière. Et cette édition ne fait pas exception. Succès public et critique de l’année écoulée, Camille se retrouve nominée à 4 reprises, dont 3 en tant que révélation (seule sa nomination pour la meilleure chanson de l’année échappe à ce qualificatif). Pourtant, Le fil est son second album, sans compter ses multiples collaborations discographiques (Murat, Nouvelle Vague). Alors qu’Olivia Ruiz évite l’écueil "Révélations" et se retrouve en lice pour l’"Album chanson de l’année", avec La femme chocolat, son second album…

Pire encore, le chanteur Katerine se retrouve lui aussi nominé comme "Album révélation de l’année" pour Robots après tout son… sixième album! (Là aussi sans compter ses projets annexes, comme par exemple les B.O. de films). Bénabar, Raphaël ou Keren Ann, à la discographie moins fournie, échappent par contre à l’étiquette "Révélations".

C’est peut-être à cause de ce genre de sélection tiède que les Victoires de la Musique peinent tant à s’imposer. N’ayant ni les paillettes de Monaco, ni les superstars d’NRJ à proposer au public, leur seule alternative aurait pu être d’oser, de se profiler en véritables révélateurs de talents. Ce n’est fait qu’à moitié, avec des pincettes, et ça ne peut donc déboucher que sur une cérémonie (et un palmarès) en demi-teinte.

Les Victoires de la Musique, Samedi 4 mars, 20h50, En direct sur France 2 et France Inter

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/services/trackback/6a00d8341c737e53ef00d834ae357469e2

Voici les sites qui parlent de En attendant les Victoires :

Commentaires

Flux You can follow this conversation by subscribing to the comment feed for this post.

Charterhouse11

Tres bon article mon cher Christophe.
C11

Poster un commentaire

Si vous avez déjà un compte TypePad ou TypeKey, merci de vous identifier.

SUR MA PLATINE

Ailleurs, j'y suis

Suivre ce blog



  • Rss1



    Add to Google

    http://www.wikio.fr

    Add to Netvibes

Rechercher

Ici Ailleurs

mars 2010

dim. lun. mar. mer. jeu. ven. sam.
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      

Web ranking

  • Wikio - Top des blogs - Musique

Un blog de L'Hebdo

  • Hebdo

BPLO V2.1 - 2008