Fraîchement récompensée aux Victoires de la musique, Camille était l'événement attendu de la huitième édition de Voix de fête. Et pour ne pas faire de demi-mesure, l'organisation lui avait réservé un écrin de luxe, lui ouvrant les portes du Victoria Hall. Un concert inaugural à guichet fermé, où l'auteur du Fil était attendue au tournant.
Désignée pour ouvrir la soirée, la chanteuse québécoise Anique Granger ne fait guère illusion. Son blues très scolaire, servi par des paroles trop banales, tient plus de l'anecdote que de l'amuse-bouche. Mais le public impatient de découvrir Camille et son Fil offre un accueil chaleureux à cette jeune pousse venue du froid. Cinq chansons et puis s'en va, pressée elle aussi de découvrir la reine de la soirée.
Les lumières se rallument à peine et l'on s'affaire sur scène pour les derniers préparatifs. Un fil est tendu devant les instruments, contrebasse et piano, plus quelques curiosités (melodica, peau de timbale, accordéon). La tension monte, le public applaudit, tape du pied, appelle Camille et enfin elle fait son entrée, devant un parterre déjà conquis.
Tout de blanc vêtue – robe informe et boa – elle démarre seul au micro, créant une mélodie onirique par la superposition de différentes lignes de chant. Une ambiance planante autour d'un refrain lancinant, "Je rêve…", brisé sec par un trait d'humour impromptu, "… d'une longue carrière dans la chanson!". Tonnerre d'applaudissements et entrée en scène de ses deux musiciens, Martin Gamet et Matthew Ker (allias MaJiKer).
En trio le concert décolle vraiment, surtout grâce à la complicité qui émane de cette formation. Quant à la musique, elle se mue en un patchwork coloré, qui dépasse le cocktail entendu sur disque. On passe ainsi de la soul à au hip-hop, du piano bar à la valse musette (ou presque), mais toujours avec cet art du décalage qui sied si bien à Camille.
Mais plus qu'une chanteuse, elle s'impose comme une actrice hors pair, jouant à merveille de son image. Câline puis mutine, elle joue les Jekyll et Hyde, de la poupée fragile à la gamine sauvage. Mieux encore, elle s'approprie véritablement le Victoria Hall, quittant la scène pour des tours de piste qui la mènent jusqu'au balcon. De son perchoir, elle dirige le public, lui imposant des chœurs hilarants.
De l'initial Sac des filles, jusqu'au Fil, Camille revisite son répertoire, s'autorisant des écarts et des délires musicaux réjouissants. Quelques nouveaux titres même, comme avant-goût d'un album futur, qui promettent de belles surprises. Près de deux heures de concert – pardon, de spectacle – qu'elle conclut avec Ta douleur, tube patenté et dernier rappel avant de couper le fil et de disparaître en coulisse.
Avec ce concert inaugural, Voix de fête ne pouvait espérer meilleure mise en train. Ce Victoria Hall bondé qui aurait pu être intimidant s'est avéré un véritable terrain de jeu pour Camille, se muant en petite souris de l'opéra, de celles que l'on remonte avec une clef, au risque de partir en vrille. Et que les absents déçus se rassurent. Dès la fin de cette semaine un album enregistré au Trianon sera dans les bacs, témoignage du talent scénique de la furie Camille, qui apprend la digression et la folie à la souvent trop sage nouvelle chanson française.



























Commentaires