Hervé Bourhis et son "Petit livre Rock"
C'est un petit livre rouge Mais il a la forme d'un 45 tours et préfère la six-cordes électrique au marteau et à la faucille.
Scénariste et dessinateur BD, Hervé Bourhis offre une jolie antidote aux dictionnaires et autres livres de cuisine consacré au rock, sortis ces dernières années (des morts les plus glauques aux 1001 disques à écouter avant d'être mort).
Point de leçons ou de grandes théories ici, mais un parcours sensible, entre vignettes et anecdotes. Né en 1974, Bourhis y raconte son rock: celui vécu (des années 90 à aujourd'hui), celui appris en auto-didacte (de 1951 à la fin des années 80) et celui fantasmé (deux pages rigolotes sur 2051). Les exégètes y trouveront des infos rares et des clins d'oeil malins, tandis que les béotiens verront leur curiosité titillée sans avoir l'impression de subir un cours magistral. Quant à Hervé Bourhis, il a gentiment accepté de se prêter au jeu de l'interview autour de cinq disques, choisi par votre serviteur.
The Stone Roses - The Stone Roses (1989)
"C'est une période où j'écoutais beaucoup de musique des années 60. The Stone Roses marque un passage: un groupe de la fin des années 80 qui revendique influences sixties. C'est aussi une période où je faisais un complexe. J'étais au lycée et je ne connaissais pas grand-chose à la musique pointue. Et il y avait un garçon qui m'impressionnait, me montrait le "NME" et me parlait de groupes dont je n'avais jamais entendu parler. Je me suis mis aux Stone Roses comme pour faire partie de la bande. Je n'ai donc pas vraiment un rapport affectif au groupe, même si j'aime beaucoup sa musique."
Tindersticks - Tindersticks (1993)
"Ce groupe correspond pour moi à la fin du grunge, à la mort de Kurt Cobain. Je commençais à grandir, j'avais dix-neuf ans et j'étais un peu lassé du bruit. J'avais besoin d'une musique un peu plus mûre. Tindersticks m'a offert une musique plus adulte ou littéraire, et m'a ouvert à tout un univers, de Nick Cave à Nick Drake. Il y a aussi dans leur musique une forme de romantisme. Ce premier album est un chef d'oeuvre à l'intensité épuisante. Il est très long et chaque chanson est fiévreuse, pleine d'une vie interne."
Grandaddy - The Sophtware Slump (2000)
"Ils ont longtemps été mes chouchous. Une qualité d'écriture extraordinaire, un pont entre le grunge et... je sais pas quoi... disons une sorte de grunge avec un Bontempi, porté par une voix à la Neil Young. Surtout ils avaient ce côté plouc très attachant. Mais un peu comme Super Furry Animals, ils ont fait beaucoup de superbes albums sans avoir le succès qu'ils méritaient. Par exemple, les trois dernières chansons de ce disque sont juste superbes. J'ai de l'amour pour ce genre de groupes mal aimés."
LCD Soundsystem - LCD Soundsystem (2005)
"Quand c'est sorti, ça a été un choc. J'ai dû l'entendre "Losing My Edge" chez Lenoir et ce revival post-punk m'a ouvert à plein de groupes que je connaissais mal. Cette chanson raconte le rock, avec humour et mythomanie, inventant une façon intelligente de danser. Surtout, c'est l'amour du rock new-yorkais, une façon de danser raide, du Velvet Underground à Patti Smith. Et si ce premier album était un peu décevant, le second est fantastique. Et puis de voir un type de 35 ans qui débarque comme ça, ça fait plaisir... quand on a mon âge."
Muse - Black Holes & Revelations (2006)
"Si dans mon livre j'ai choisi de parler des groupes que j'aimais, j'avais aussi envie de m'attaquer à des artistes que je n'aime pas mais qui sont placés sur un piédestal. Muse incarne un héritage du rock progressif avec tous ses défauts. Une sorte de mélange entre Genesis, Queen et d'autres. Même si leur premier album était pas mal. Mais ensuite, on se perd en technique et en effets, au détriment des chansons."
Quelques liens: le site d'Hervé Bourhis / le site du Petit livre Rock




















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