Final grand luxe pour cette dix-huitième édition du festival fribourgeois. Ou comment ne plus savoir où donner de la tête à la lecture du programme.
Début tôt, donc, juste après une démonstration de cor des Alpes et autres instruments folkloriques. Sur la grande scène, Why? déroule sa pop savamment élaborée en laboratoire, pour un cocktail brico-mélodique réussi, sans forcément surprendre. Un sentiment identique à celui dégagé par la prestation de Colleen, dans un Bad Bonn silencieux, la moitié du public assise par-terre. La multi-instrumentiste française privilégie les instruments - violoncelle, clarinette, guitare acoustique et carillon pour porte d'entrée - plutôt que les bidouillages, mais reste un brin trop cérébrale dans son canevas mélodique.
Un problème qui n'embarrasse nullement les Japonais de Boris. Démarré sur les chapeaux de roue, leur concert sur la grande scène du Kilbi évoque une folle course en enfer au volant d'une Harley. Pas de compteur de décibels sur la scène cette année et c'est tant mieux! On préfère ne pas savoir ce qu'on prend dans les dents. A mesure que s'égrènent les titres, le tempo ralentit, mais pas le volume sonore, ni l'intensité. Boris la joue rouleau compresseur et on imagine à peine l'impression pour les spectateurs venus pour Cat Power seulement.
Entre la belle Américaine et les Japonais électriques, c'est Beach House qui fait les frais de cette programmation non-stop, au moment de manger un morceau. Dommage, puisque certains vanteront la prestation du duo américain. Mais l'heure est à Chan Marshall. Débutant sur une poignée de chansons du récent Jukebox (de New York, New York à Don't Explain), l'Américaine laisse craindre le genre de concerts trop sages critiqués par certains. Et puis soudain ça décolle. Un miraculeux Metal Heart qui décroche ce supplément de saveur dont est capable Cat Power. Généreuse, libérée, la voilà qui joue de la scène, soutenue par des musiciens aux airs de vieux briscards soul-blues. Les impeccables Song To Bobby et The Greatest confirment ce sentiment, moins parfaits que sur album, mais presque plus intenses. Dans le public comme sur scène, la magie prend. Et grandit encore avec (I Can't Get No) Satisfaction et, surtout, un immense I've Been Loving You Too Long en dernière révérence.
Difficile après ça d'entrer véritablement dans le concert de The Notwist, autre événement de la soirée. Moins lisses que sur leur récent The Devil, You + Me, les Allemands alternent entre pop doucereuse, rock noisy et passages plus électroniques. Et sans surprise, c'est cette dernière facette qui leur sied le mieux, comme sur un impressionnant This Room. Mais les changements d'ambiances, le souvenir tout frais de Cat Power et la fatigue accumulée durant ces trois jours de festival m'obligent à tirer ma révérence à mon tour, laissant s'éteindre ce dix-huitième Kilbi sans moi, aux anges pourtant.