Hey man, Amen Quatre ans après son retour sur scène, Leonard Cohen revient sur disque. Et confirme un retour en grâce miraculeux.
Leonard Cohen - Amen
"I love to speak with Leonard / He's a sportman and a shepperd / He's a lazy bastard / Living in a suit"
Le dédoublement de l'ego n'est pas une nouveauté dans l'oeuvre de Leonard Cohen. Comme dans sa vie. A l'image du troublant Famous Blue Raincoat, le Canadien aime à brouiller les pistes. On ne s'étonnera donc pas de l'imaginer dialogant avec lui-même, dans les vers qui ouvrent Old Ideas, douzième album aussi attendu aujourd'hui qu'inespéré il y a peu.
Revenu sur scène il y a 4 ans pour cause de banqueroute à son insu, le musicien de 77 ans n'a jamais donné l'impression de vouloir remplir son tiroir-caisse. Un simple retour au turbin, comme il disait. La beauté en plus. Reste que malgré cette renaissance scénique, on pouvait douter de son prolongement discographique, après les plus que mitigés Ten New Songs et Dear Heather. Mais on aurait eu tort, aujourd'hui comme hier, de chercher dans son passé la grammaire des chansons à venir. "Quand on écrit, on est toujours un éternel débutant", aime-t-il à rappeler. A prendre pour un recommencement plutôt qu'un aveu de dilettantisme.
Déjà, les premiers extraits rassuraient. Et donnaient la foi, "waiting for the miracle"... Une ballade au piano digne de Tom Waits, Show Me The Place. Une autre à la guitare - ce jeu de guitare si unique -,The Darkness. Deux chansons parées des arrangements habituels de Cohen - synthés minimalistes, choeurs féminins, soli surannés - mais sur d'une façon plus dépouillée. Ou mieux dosée. Sans se dénuder à la manière du Johnny Cash des dernières années, le Canadien semblait tout de même chercher l'épure, à sa façon.
Cette alchimie subsiste sur les huit autres nouvelles compositions qui font Old Ideas. Et ne souffre même pas des quelques rares excès de kitsch qui émaillent sa seconde partie (les choeurs sur Come Healing, les sonorités passéistes de Different Sides). Leonard Cohen ne se réinvente pas, mais semble revisiter ses différentes facettes. L'allongé Amen paraît tirer de la cuisse d'Hallellujah pour son titre, mais évoque musicalement un I'm Your Man remis au goût du jour (d'ailleurs on croirait presque entendre "Hey man" plutôt qu'"Amen"). L'aquatique Anyhow concilie ambiance jazzy et sonorités aqueuses à merveille. Et même le poignant Crazy To Love You a des airs de clin d'oeil à un Cohen lointain, celui de la première - et majestueuse - triplette, la six-cordes en bandoulière pour seule arme.
Quant aux textes - si essentiels dans l'oeuvre du poète devenu chanteur - ils ont toujours ce souffle quasi mystique, forts de peu de mots mais au sens imposant. Ici, le pessimisme est souriant, la mélancolie apaisée et la mort, bien présente, acceptée sereinement. Comme il revisite sa musique, Cohen regarde par dessus son épaule avec talent. De quoi donner à Old Ideas des (faux) airs de disque testament. Alors qu'il s'agit surtout de la confirmation d'une renaissance artistique. Comme quoi, les faillites ont parfois du bon.
























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