Pop en marge Changeant de style une fois de plus, These New Puritans réussit un grand disque au-delà de la pop, héritier mais pas prisonnier de quelques grandes figures tutélaires.
These New Puritans - The Light In Your Name
Jusqu'ici, j'étais resté assez insensible à l'aura de These New Puritrans. Malgré les recommandations, les injonctions parfois même, les gesticulations et autres circonvolutions du groupe anglais m'avait laissé de marbre, sur scène comme sur disque. La faute à un chant trop indolent, une énergie parfois apathique tranchant avec le déluge instrumental tressé sur le papier. Dont acte.
Autant dire que 3 ans après Hidden, lorsque quelques amis et autres blogueurs ont refait le coup de crier au génie, j'étais peu enclin à me laisser tenter. Et puis comme je n'aime pas l'idée de mourir idiot, j'ai quand même essayé. Et là, surprise. Exit les faux muscles gonflés au cérébral. These New Puritans ralentit drastiquement le tempo, comme pour mieux assumer son érudition. Et change complètement de style. Ce qui est quand même pas mal, par les temps qui courent.
D'un titre à l'autre, entre épure et figure complexe, These New Puritans renvoie à leurs études toute une génération de bidouilleurs adulés.
Passé une introduction hantée et dépouillée sous le haut patronnage de Mark Hollis - le bref mais essentiel The Way I Do (ou The Guy's In Love With You, le nom varie selon les sources), comme un manifeste de ce qui va venir - These New Puritans sort le grand jeu, en équilibre entre l'épure et la figure complexe. Ça s'appelle Fragment Two, c'est tout en délicatesse et en impressionnisme, comme un Grizzly Bear sans la frime ni la hype, et d'un coup, me voici à reconsidérer tout ce que je pensais savoir sur le groupe anglais.
Dans le prolongement, The Light In Your Name suffit à renvoyer à leurs études toute une génération de bidouilleurs adulés. On démarre sur une lente mélodie plannante et gentiment contrariée, façon Robert Wyatt, une première secousse sismique, légère, un refrain à deux voix du plus bel effet, et l'ascension, tout sauf rectiligne, pour un final vibrant et dissonnant, qui sonne comme un autre morceau, tant These New Puritans semble avoir des idées à revendre.
Le reste de l'album est du même acabit, foisonnant de pistes et de mélodies tordues ou avortées, variant les instrumentations avec tact et goût (piano, cuivres, bois, cordes, choeurs, percussions, interférences synthétiques) et jouant avec une certaine virtuosité des silences et des points de suspensions. C'est fin et intelligent à la fois, ça slalome sans jamais en faire trop, toujours à la limite entre pop et ailleurs, et même si certaines références - nombreuses - sont encore palpables (Hollis et Wyatt, donc, mais aussi Scott Walker ou Radiohead, tiens, enfin, tous ces gens qui ont emmené la pop loin, très loin ailleurs), These New Puritans parvient à montrer une vraie personnalité, fruit d'un talent et d'un travail racé, en marge de... tout simplement en marge, disons. Et en marche.
These New Puritans
Field Of Reeds
Infectious/PIAS/Musikvertrieb





























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